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Libre comme le Web
par Emmanuelle Erny-Newton
Si Internet a donné un nouveau terrain de chasse aux corporations et publicitaires, il a également ouvert un nouvel espace de convivialité et de coopération aux habitants du « village planétaire ». Wiki, GNU, Creative Commons, Copyleft, … autant de concepts qui sont nés du réseau dans le but d’en rendre l’aspect collaboratif plus libre.
Pour comprendre l’origine de la tendance du « libre », il faut remonter historiquement aux débuts des logiciels. A l’origine, dans les années 70, les logiciels (software), peu nombreux, ne représentent qu’une valeur ajoutée à l’ordinateur (hardware), ce dernier constituant « ce qu’on vend ». Les acheteurs d’ordinateurs sont généralement des professionnels de l’informatique ou des universitaires, capables eux-mêmes de programmer. Dans cette communauté restreinte, les codes sources des logiciels s’échangent librement, et les utilisateurs eux-mêmes peuvent y accéder pour les modifier ou les développer.
Mais tout change lorsque l’industrie spécifique du logiciel prend son essor, et acquiert une valeur marchande propre avec la « licence d’utilisation de logiciel ». On commence alors à légiférer sur ce qui n’était jusque là qu’une « zone grise » : le code-source se voit attribuer un droit d’auteur, ce qui a pour conséquence qu’il est interdit de copier un logiciel ; il devient également illégal d’accéder au code-source ou de le transformer. Une mesure qui complique grandement la vie des utilisateurs-programmeurs : il leur est à présent impossible de régler eux-mêmes les bogues des logiciels dont ils se servent, et doivent attendre que les modifications viennent de l’éditeur.
C’est à la suite de ce changement de climat que Richard Stallman, programmeur au Massachusetts Institute of Technology, décide de créer la Free Software Foundation, afin de « ramener l'esprit de coopération qui prévalait dans la communauté informatique dans les jours anciens ». Le projet le plus connu de la Free Software Foundation est le projet GNU.
Qu'est-ce qu'un logiciel libre ?
Voilà comment le site GNU décrit ce qu’est un logiciel libre : « Un « logiciel libre » (free software) se réfère à la liberté, pas au prix. Pour comprendre le concept, vous devez penser à « libre » comme dans « liberté d'expression », pas comme dans « bière gratuite ». (NdT : en anglais, le mot « free » veut dire libre, mais aussi gratuit, d'où la confusion possible). Les logiciels libres donnent aux utilisateurs la liberté d'exécuter, de copier, de distribuer, d'étudier, de modifier et d'améliorer les logiciels. Plus précisément, cela se réfère à quatre types de liberté pour les utilisateurs de logiciels : • La liberté d'exécuter le programme, pour n'importe quel usage (liberté 0). • La liberté d'étudier le fonctionnement du programme et de l'adapter à vos besoins (liberté 1). Accéder au code source est une condition pour cela. • La liberté de redistribuer des copies pour aider votre prochain (liberté 2). • La liberté d'améliorer le programme et de rendre publiques vos améliorations pour que toute la communauté en bénéficie (liberté 3). Accéder au code source est une condition pour cela.»
Si de nombreux logiciels libres sont gratuits, il existe aussi des logiciels libres « qui sont distribués contre rémunération » (terminologie préconisée par Stallman pour la différencier des logiciels propriétaires). Cependant, vendre un logiciel libre ne revient pas à en faire un logiciel propriétaire : le code reste accessible et amendable, et de là, plusieurs personne peuvent se cotiser pour acheter un logiciel et l’installer chacun sur son ordinateur ; ou alors un utilisateur peut copier le programme à partir de la copie d’un ami. Toutes ces situations, qui seraient illégales dans le cas d’un logiciel propriétaire, contribuent à minimiser l’impact économique d’un logiciel libre, même payant.
En 1998, on assiste à une scission au sein de la Free Software Foundation : le mouvement Open source s’en détache. Sans considérer ce mouvement comme un « ennemi », Stallman résume l’opposition en ces termes : « L’Open Source est une méthodologie de développement, Free Software est un mouvement social » (c’est moi qui traduis). En d’autres termes, Free Software revendique une liberté qu’elle considère comme fondamentale (celle de diffuser et remanier des logiciels, comme vous le feriez pour, disons, la plomberie de votre propre salle de bains) ; l’Open Source, quant à lui, a pour motivation principale d’augmenter la qualité du produit. Deux philosophies différentes, mais qui n’empêchent cependant pas les deux mouvements de collaborer à de nombreux projets. Si le cœur vous dit de creuser la question des différences entre diverses licences Open Source, voici un bon document pour cela.
Quand le libre devient contagieux : la licence Creative Commons
Il n’y a pas que dans le domaine des logiciels qu’on ait ressenti le besoin de « liberté » : certains auteurs, créateurs et artistes ont eux aussi voulu une structure qui leur permette de partager leurs œuvres (CD, livres, etc.) afin d’enrichir le patrimoine commun. C’est sur cette impulsion que s’est créée l’organisation à but non lucratif Creative Commons, symbolisée par le logo CC . Son but est d’encourager de façon simple et licite la circulation des œuvres, l’échange d’idées et la créativité.
Comme l’explique cette vidéo, « au lieu de soumettre toute exploitation des œuvres à l’autorisation préalable des titulaires de droits, les licences Creative Commons permettent à l’auteur d’autoriser à l’avance certaines utilisations selon des conditions exprimées par lui, et d’en informer le public.
Six possibilités combinées autour de quatre pôles définissent les différents usages :
• Paternité : signature de l’auteur initial (ce choix est obligatoire en droit français) (sigle : BY) • Pas d’utilisation commerciale : interdiction de tirer un profit commercial de l’œuvre sans autorisation de l'auteur (sigle : NC) • Pas de modification : impossibilité d’intégrer tout ou partie dans une œuvre composite, l'échantillonnage (sampling) par exemple devenant impossible (sigle : ND) • Partage des Conditions Initiales à l'Identique : (logo copyleft) partage à l'identique, avec obligation de rediffuser selon la même licence ou une licence similaire (version ultérieure ou localisée) (sigle : SA)
L’encyclopédie en ligne Wikipédia est certainement la plus emblématique des œuvres communautaires, participatives et non commerciales du Web. Lorsque son fondateur, Jimmy Wales, l’a lancée, la licence CC n’existait pas encore ; elle était alors placée sous licence GFDL (Gnu Free Documentation License), conçue pour les documentations de logiciels libres –un pis-aller, dans un contexte où rien de plus approprié n’existait. Aussi, lorsque la licence Creative Commons, plus adaptée, est apparue, l’encyclopédie en ligne l’a adoptée pour tous ses nouveaux contenus. Dans les faits, et pour les utilisateurs, cela ne change pas grand-chose : la copie et la modification du contenu de Wikipédia est autorisée tant qu’on en cite la source.
Le « libre » au Canada
Le Secrétariat du conseil du trésor du Canada note sur son site : « Le Canada semble tirer de l'arrière dans l'adoption des logiciels libres, particulièrement dans le secteur public. » Sa position en matière de logiciels libres consiste à ne favoriser aucun modèle de gestion logicielle plus qu'un autre (logiciels libres vs commerciaux vs code sur mesure).
Cependant, « Quelques initiatives bien conçues existent dans les secteurs de la santé et de l'éducation. En Colombie-Britannique et au Québec, de vigoureux projets de logiciels libres tentent d'intégrer une suite logicielle complète pour les écoles et à d'autres fins éducatives. » Le projet MILLE, « Modèle d’Infrastructure de Logiciel Libre en Éducation, a pour but de réduire les coûts d’acquisition et de maintenance des infrastructures matérielles et logicielles, de réduire les coûts de développement et de maintenance des services et d’accroître l’accès à ces derniers tant à l’école qu’à la maison en proposant une architecture logicielle basée sur les logiciels libres. »
A l’école particulièrement, utiliser tel ou tel logiciel a potentiellement des conséquences qui ne sont pas qu’éducatives. On y induit des habitudes d’utilisation, et donc aussi de consommation : le fait de maîtriser tel traitement de texte parce qu’on l’utilise constamment à l’école facilitera son achat pour la maison. Le logiciel libre (même s’il n’est pas toujours gratuit) minimise cet aspect publicitaire qu’on ne souhaite généralement pas associer au milieu scolaire.
Et au-delà, une politique du libre à l’école peut être l’occasion de sensibiliser les élèves à l’importance croissante de « l’économie du don » sur Internet, et partant, aux coopérations citoyennes. Un peu de cohérence à tous les étages (infrastructures et contenus de cours) ne peut jamais faire de mal.
Discussion en classe
Ce billet est facilement accessible à la compréhension d'élèves du secondaire. Sa lecture en classe peut servir de point de départ à une discussion plus axée sur la prise de conscience des pratiques libres/propriétaire des membres de la classe :
• Utilisez-vous des logiciels sous licence GNU ? Lesquels ? (dans le doute, on peut vérifier sur le Net) • Si vous les connaissez, quels seraient leurs équivalents en logiciels propriétaires ? • Comment ces logiciels libres se comparent-ils aux logiciels propriétaires du point de vue de la qualité ? Des fonctionnalités ? • Après avoir lu ce blogue, pensez-vous que la prochaine fois que vous chercherez un logiciel, le fait qu’il soit propriétaire ou non rentrera en compte dans votre choix ? Pourquoi ? • Avez-vous déjà contribué à des wiki comme Wikipédia ? • Pensez-vous que le fait que tout le monde puisse contribuer à un projet de ce type est un gage de qualité ?Pourquoi ?
Bonne discussion à tous, et n’hésitez pas à en témoigner en laissant un commentaire ici -lequel commentaire peut être rédigé par les élèves, afin de synthétiser leurs idées.
Ceci n'est pas une pipe - de Photoshop à la lecture de l'image
par Emmanuelle Erny-Newton
 Il existe une inquiétude grandissante à propos de la retouche d’images. En octobre dernier, la photo altérée de Filippa Hamilton dans une publicité de Ralph Lauren créait un petit scandale médiatique, et relançait la polémique à propos de l’incitation à l’anorexie provoquée par de telles photos. Cet incident arrivait au même moment que la proposition de loi française de la députée UMP Valérie Boyer relative à la signalisation des images retouchées : « Les photographies publicitaires de personnes dont l’apparence corporelle a été modifiée par un logiciel de traitement d’image doivent être accompagnées de la mention : “Photographie retouchée afin de modifier l’apparence corporelle d’une personne”. »
Mais quel est exactement le lien entre publicité et anorexie ?
Lorsqu’on analyse les causes invoquées dans les troubles d’anorexie, celles-ci comportent des facteurs internes – génétiques, neuro-endocrinologiques, néo-nataux, …, et des facteurs externes – psychosociaux, famille, et enfin société et culture. La publicité et la retouche de photos tombent dans ce dernier groupe des facteurs culturels, qui sont parmi les plus difficiles à tester : « La pression sociale que représente la valorisation de la minceur constitue probablement un facteur non négligeable associé au développement de troubles alimentaires. Certes, le culte du corps filiforme, renforcé par les médias, favorise le début d’un grand nombre de régimes amincissants, pourtant toutes les jeunes filles débutant un régime ne vont pas développer de trouble grave des comportements alimentaires.” , indiquent Catherine Doyen et Solange Cook-Darzens dans Les causes connues de l'anorexie et de la boulime.
Il semble donc que le facteur culturel (dont la retouche de photos publicitaires n’est qu’un aspect) favorise, mais ne provoque pas l’anorexie. Il est d’ailleurs intéressant de considérer par comparaison que dans les pays arabes, qui valorisent culturellement les femmes bien en chair, on fasse état certes d’obésité féminine, mais pas de boulimie…
La publicité, et plus largement les facteurs culturels, ne déclenchent pas à eux seuls un comportement pathologique. Cependant, si “, le culte du corps filiforme, renforcé par les médias, favorise le début d’un grand nombre de régimes amincissants”, peut-on penser que la signalisation des photos retouchées permettrait de faire un pas dans la bonne direction ?
A l’ère d’Internet, où les médias n’ont plus de frontières, je suis toujours sceptique vis à vis des emplâtres légaux sur les problèmes sociaux : l’idée d’apposer un label “photo retouchée” pour signaler qu’une photo n’est pas “réelle” ne rend pas moins réelle l’idée que notre culture se fait de la beauté. En d’autres termes : la photo n’est que la matérialisation d’une représentation socioculturelle, et c’est plutôt sur cette dernière qu’il faut réfléchir et agir.
Comment ? Par l’éducation aux médias, et plus particulièrement dans ce cas par l’analyse de l’image.
Parce que Photoshop constitue un processus qui intervient a posteriori (on altère le produit « fini »), notre société le perçoit comme plus condamnable : « Aujourd’hui, je peux réaliser un portrait en utilisant des lumières douces et diffuses pour atténuer les rides d’un visage, cela est bien admis. Si j’obtiens le même résultat, en toute délicatesse, mais en opérant sur un logiciel et en le faisant savoir, cela passe beaucoup moins bien. », note un graphiste dans son blogue. Le processus est-il moins éthique que la composition photographique, qui a toujours existé ? L’important est plutôt que Photoshop, grâce à ses excès et dérives, rend particulièrement évidente la construction de l’image photographique. Profitons donc de l’occasion qu’il nous donne pour éduquer nos enfants, nos élèves :
• Visiter des sites d’effets Photoshop avant/après constitue un bon début, ludique et facile à exploiter. Ceci pourrait être utilisé dès la maternelle, comme une alternative au classique jeu des différences ; même les jeunes enfants peuvent commencer à réfléchir sur ce qu’on efface systématiquement pour « embellir » un portrait, et ce qu’on met en valeur –avec un début de questionnement sur les raisons sous-jacentes : pourquoi gomme-t-on ce qu’on gomme ?
• Avec un public plus âgé, on peut prendre en considération d’autres variables, et ne plus se focaliser que sur des portraits : o « Contexte socio-culturel : qu’est ce que le spectateur-lecteur partage de valeurs, de langages, de représentations... avec les auteurs-énonciateurs. o Contexte de production : quel auteur, quelle instance de production, qui «parle» à travers tel type d’image : l’annonceur, le publicitaire, l’auteur... o Contexte de réception : quelle diffusion, quels supports (magazine, télé, panneaux...), quels lieux, quel public, quelle durée d’exposition, quelle date, quelle audience.... ».
Un exemple de l’influence du contexte de réflexion ? Lorsque le Nouvel Observateur décide, en janvier 2008, de rendre hommage à Simone de Beauvoir , il choisit pour photo de couverture cette image :

Alors que la même photographie n’avait soulevé aucune protestation lorsqu’elle avait servi de couverture au magazine Lire en octobre 2006 (n° 349), sa reprise par le Nouvel Observateur a déclenché une levée de bouclier. La différence ? le journal paraît au beau milieu d’une série de photos dénudées (de Laure Manaudou, Carla Bruni, et Miss France) rendues publiques par des auteurs mal intentionnés.
La lecture de l’image va bien au-delà d’un simple étiquetage « photo retouchée » -étiquette dont l’effet pervers induirait que les photos « non retouchées » seraient fidèles à la réalité, et donc à prendre pour argent comptant. Finalement, ce qu’il faut intégrer à la panoplie intellectuelle de nos jeunes, c’est qu’une image –retouchée ou non- n’est jamais la réalité. C’est un dialogue, un sens négocié entre ce que le photographe y a voulu mettre, ce que nous y percevons, et l’instant dans lequel nous le regardons.
Ressources du Réseau sur le sujet Les pubs des Spécial K de Kellogg L’image corporelle
Articles divers sur le sujet Adobe travaille sur une technologie de détection des photos retouchées Eléments pour l'analyse de l'images
La génération C à vol d’oiseau
par Emmanuelle Erny-Newton
Je n’ai pas eu la chance d’assister au Colloque international du CEFRIO intitulé Enquête sur la génération C : Les 12-24 ans, utilisateurs extrême d'Internet et des TI . L’événement n’était pas des moindres, puisque non seulement on y dévoilait les résultats attendus de cette enquête québécoise, mais on y attendait aussi des sommités internationales comme danah boyd (c’est elle qui n’aime pas les majuscules), et d’autres du crû comme Mario Asselin, Felix Genest ou Ron Canuel. Le programme, d’autant que j’ai pu en juger de l’extérieur, semblait allier orateurs et panels de discussion en proportions stœchiométriques. Et les conditions techniques étaient à la hauteur de l’intitulé du colloque : WiFi à volonté, et salle équipée d’un écran géant diffusant en temps réel les commentaires de twitterers zélés. Pour ceux qui ne connaissent pas bien Twitter, j’explique : le CEFRIO avait mis en place pour l’événement un « hashtag », en d’autres termes une étiquette (#GenC), qui permet de rassembler tous les tweets (messages) portant ce thème en une seule liste, laquelle liste était projetée en simultané dans la salle du colloque.
Quel intérêt d’avoir un Twitter live dans un colloque ? Il est double :
- Les non-participants (par exemple, moi) pouvaient suivre en temps réel les discussions, retranscrites par les twitterers présents au colloque,
- Les participants ET les non-participants (par exemple, moi) pouvaient envoyer des commentaires et participer virtuellement à la discussion ambiante.
J’avoue que l’expérience fut pour moi intéressante au point que j’ai décidé d’en faire un billet de blogue – Quoi ? Elle veut écrire un billet à propos d’un colloque auquel elle n’a pas assisté ?
En effet : dans cette expérience, le fond et la forme m’intéressent tout autant à analyser : le fond, par ce qui a été dit et les thèmes qui ont généré le plus de commentaires ; et la forme, le médium, dans ce qu’il a apporté d’unique à un colloque classique : car grâce à Twitter, les interactions ne se confinaient pas aux intervenants ; il y eut réellement tout un réseau d’échanges d’information, de prises de position, de pistes de réflexion, ainsi que des messages de structuration :
- Les informations : des messages qui répercutent ce qui se dit sur scène, sans ajouter de commentaire – du factuel, donc.
- Les prises de position : le message est écrit en réaction à ce qui vient de se dire, pour le confirmer, le nuancer ou l’infirmer.
- Les pistes de réflexion : Là, il s’agit généralement de questions ouvertes qui sont nées des thèmes abordés par le(s) conférencier(s), et que les auteurs proposent à la réflexion collective.
- Les messages de structuration : ce sont des messages où la personne « pense tout haut », essaye d’articuler une nouvelle information à son corpus personnel de connaissances.
Remarque préliminaire intéressante : les twitterers du colloque étaient tous concentrés dans les ateliers liés à l’éducation et au travail. Sur les quelques 90 pages de tweets #GenC que j’ai étudiés, il y avait moins d’une dizaine de messages concernant les volets « Consommation » et « Citoyen » (ce qui a généré des tweets laconiques : « Atelier consommation : personne ne commente la vidéo » ; « Même tendance qu'hier: ça tweet bcp plus dans atelier éducation que les 3 autres ensemble.. » ; « Est-ce que tous les gens qui twittent sont dans l'atelier de @marioasselin ?? » )
Etonnant, non ?
Cela pousse à penser que le plus branché des publics était bien celui des éducateurs… (N.B. : je n’ai étudié que les tweets générés par la deuxième journée du colloque. 90 pages, c’était déjà bien suffisant…)
Durant les différentes présentations twittées, de nombreux messages reprennent les thèmes et conversations engagés sur scène, permettant de repérer quelles sont les informations les plus importantes pour les personnes présentes : ainsi, les tweets relatent que « J. Okimoto met l'accent sur la dimension relationnelle du travail au sein d'une entreprise » : les entreprises leaders, peut-on lire, seront celles qui encourageront les connections de leur employés via les réseaux sociaux. Car, lorsqu’on engage un jeune, on engage aussi tout son réseau social (dit un C). Il serait donc peu inspiré de ne pas s’en servir… Okimoto, suivi de la table ronde des jeunes travailleurs, dressent ainsi les caractéristiques propres à tirer le meilleur parti des « C » : ces caractéristiques sont la flexibilité au travail, la capacité d’un employeur à intéresser et inspirer, et la possibilité pour l’entreprise de fournir « une liberté encadrée » : « La genC au travail a besoin d’autonomie (défis) et d’encadrement (mentor ou tuteur) ».
Hmm, réfléchissons : combien de ces caractéristiques sont effectivement présentes à l’école, peuplée de C ?
A certains moments, aux pauses notamment, les tweets changent d’allure : le flot d’informations nouvelles « infuse » le public, qui se met à réfléchir à voix haute(s) via leurs messages – pour cela, certains utilisent des métaphores : « Un syndicat c'est comme un vaccin, une sorte de mesure préventive... » « L'identité numérique est comme la physique quantique. Ce n'est pas tant ce que tu dis que les gestes que tu poses qui te définissent! ». Ces messages sont un flagrant délit de structuralisme : leurs auteurs travaillent à rattacher à leurs connaissances antérieures les nouvelles informations que les intervenants viennent d’y ajouter – et à ce structuralisme, Twitter donne une envergure constructiviste : du fait que les tweets sont publics, chacun peut élaborer sur les réflexions de l’autre. Exemple : « Je pense introduire une distinction entre immigrants (en train de) et immigrés (qui ont fini de...) » (ndla : allusion à la dichotomie de Prensky sur les natifs et les immigrants du numérique). Tweet en réponse : « Génération X, Y, C, ... on est tous des pionniers du numérique ! ».
Tiens, intéressante, cette capacité qu’a Twitter à rendre visible et lisible la « digestion » des informations en temps réel ! Twitter, de la super-prise de notes, qui permettrait la rétention cohérente et communautaire d’informations nouvelles ? Hmmm, je me demande si ça n’aurait pas une application en classe, ca…
Sans surprise, le volet éducation, a donné lieu à de nombreux gazouillis : Mario Asselin est sans doute le plus cité et re-tweeté de tous les intervenants de cette deuxième journée : il est le porte-parole des enseignants qui cherchent à innover avec les TIC – et c’est justement la majorité de son public, durant cet atelier. Il parle du conformisme en éducation, et il constate que de nombreux enseignants demandent la fin d’une telle approche éducative : « Appel de Mario : pourquoi il y a des filtres, des barrières, qui empêchent de collaborer, communiquer, rechercher ? » , et encore « On a laissé beaucoup trop de pouvoir aux se(r)vices informatiques » - on ne peut qu’aimer Twitter pour sa capacité à encourager l’aphorisme…
Le problème des filtres à l’école est certainement perçu comme un sujet brûlant par le public, générant sur Twitter toute une discussion parallèle : « Bloquer est inacceptable » « Pas d’accord. Je bloque les porn-robots pis je vis bien avec ça. » « Ya un (interminable) débat à faire sur quoi bloquer, quoi contourner, etc. » « Si bloquer est inacceptable, éduquer est COMPLETEMENT PRIMORDIAL AUSSI !!! J’ai pas dit fallat ne RIEN faire !!! » « L’évolution d’une génération passe par la sécurité » « Le débat est à faire sur le blocage, car actuellement, ya un blocage sur le … blocage ! »
Echo et prolongement de cette conversation, la table ronde sur la sécurité suscite également beaucoup de messages de prise de position : « Il ne faut pas s'arrêter d'innover au nom de la sécurité. Il y a même de l'innovation à faire par rapport aux enjeux de sécurité. » « Il faut prendre des risques calculés et il n'y a pas eu de mauvaise expérience dans mon cégep. » « Pas d'innovation sans création d'un précédent: il faut arrêter d'avoir ou de se faire peur toujours... Mesurer impacts puis foncer » « Côté sécurité, l'éducation est préférable au contrôle, pour préserver les capacités d'innovation »
Cependant en matière de prise de position du public, la palme revient au terme « Génération C », continuellement remis en cause par les twitterers tout au long de ce colloque : rien que pour la deuxième journée, on a vu passer plusieurs dizaines de tweets sur le sujet ; en voici un florilège : « GenC est-elle si différent des X ou Y ? », « Commence à se trouver bien GenC pour sa trentaine ! » Et aussi : « Où est quand est apparu le terme GenC et quelle est la différence ou à quel moment se trouve la coupure avec la génération Y ? »
Bonne question : c’est au CEFRIO que revient la paternité du terme Génération C – qui a déjà fait son apparition (sommaire) dans Wikipédia. Terme emblématique, puisqu’il sert de hashtag (étiquette) et d’intitulé à l’événement, il a été créé pour désigner la tranche d’âge visée par l’étude du CEFRIO, en même temps que ses habitudes médiatiques (le C vaut pour Communiquer, Collaborer et Créer grâce à l'Internet.). Et c’est là que le bât blesse : la terminologie « Génération C » mélange deux caractéristiques distinctes : l’âge, et une manière d’être face aux technologies ; or certains « non C » utilisent Internet de cette façon-là aussi… et beaucoup d’entre eux étaient justement présents au colloque. Le terme crée également un certain flou, lorsqu’il s’agit d’interpréter les résultats de l’enquête : « Les C et la connaissance de leurs droits : est-ce parce qu’ils sont des C ou qu’ils sont jeunes et encore peu expérimentés ? ».
Est-ce réellement important que cette terminologie décrive une réalité conjoncturelle ? Je pense que oui : le terme risque de devenir la marque de reconnaissance de tous ceux qui ont assisté au colloque, et de tous ceux qui, en l’utilisant, veulent montrer qu’ils sont « à la pointe de la recherche » dans l’utilisation des TIC. Or, comme l’a très justement dit un twitterer : « Je suggère : attention aux clivages générationnels : Ya des C qui sont plus vieux, je le jure ! ». Son inquiétude quant à l’image que le terme renvoie d’un point de vue générationnel est fondée : il n’est que de regarder les titres des articles de journaux rendant compte du colloque : La génération C contre les dinosaures, Les 12-24 ans, des utilisateurs extrêmes d'Internet, La société est-elle prête à accueillir la génération C ... Ressentez-vous cette insistance sur le fossé qui sépare les C du reste de la population ? –même si l’enquête du CEFRIO n’a aucunement comparé l’utilisation des médias selon les tranches d’âge.
Les médias traditionnels sont la fenêtre par laquelle le public non spécialisé forme son opinion ; que retiendront-ils de ces titres ? « Alors c’est bien vrai que les jeunes sont des super- utilisateurs des nouvelles technologies, et que nous, à côté, on est des billes ! » J’ai bien peur aussi que pour l’enseignant non technologue, cet écho médiatique ne fasse que renforcer le blocage liés à l’intégration des nouvelles technologies à l’école…
Dans leur ouvrage « Teaching as a subversive activity », Neil Postman et Charles Weingartner développent l’idée que le langage est la carte de notre réalité. Véritable médiateur, il facilite la compréhension de notre environnement physique et social, mais ce faisant, il l’obscurcit aussi. Nommer une idée, c’est la prendre pour argent comptant, ne plus la questionner.
Le colloque du CEFRIO a donné à beaucoup la possibilité de Communiquer, Collaborer et Créer grâce à Twitter, attestant à cette occasion de façon claire que les C transcendent les générations. Lorsque le « sage » montre la lune, il est bon, parfois, de regarder le doigt. Beaucoup de liens ont été échangés durant cette deuxième journée du colloque ; les voici rassemblés ici :
Lien comptes rendus colloque
Liens généraux
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