L’éducation aux médias peut aider les jeunes à mettre en perspective l’image qui leur est donnée des communautés autochtones, en les aidant à comprendre le fonctionnement des médias, les raisons de l’existence des stéréotypes, les pouvoirs décisionnels, et l’importance de savoir qui décide du contenu d’une émission ou d’un journal. Ce type d’éducation ne vise pas à donner des réponses toutes faites, mais à aider les jeunes à ne pas absorber passivement les images des médias, à se poser des questions et à développer leur esprit critique.
Voici quelques exemples du genre d’interrogations qui peuvent entraîner une meilleure compréhension du portrait que le cinéma et la télévision font des autochtones.
Qui a créé ou choisi de diffuser telle image ou telle histoire ? Pourquoi est-ce important de le savoir ?
La première chose à enseigner dans l’éducation aux médias, c’est que l’objectivité n’existe pas : derrière tout produit médiatique, il y a un objectif ou un point de vue. La « réalité » dépeinte dans les productions cinématographiques ou télévisées est le résultat d’une succession de choix, basés sur l’expérience, les connaissances et les préjugés de leurs créateurs. Jusqu’ici, il n’existe que très peu de films et d’émissions produits par les autochtones eux-mêmes. Et cela se voit.
Quelles voix peuvent se faire entendre ? Quelles autres sont ignorées ? Pourquoi ?
Les tendances politiques du propriétaire et de l’équipe de direction d’une chaîne de télévision ou d’un journal ont forcément un impact sur le choix des personnes interviewées ou des spécialistes cités dans le domaine des affaires publiques. Les autochtones ne sont généralement consultés que sur les questions qui les concernent directement, presque jamais dans les grands débats de société.
Pourquoi certains événements apparaissent-ils dans les nouvelles et d’autres non ?
Un événement comme la création d’un nouveau territoire (le Nunavut, par exemple) ou la signature d’une entente territoriale essentielle, est parfois moins couvert par les médias qu’une barricade élevée momentanément par des autochtones. Du point de vue de la télévision, l’attrait visuel des barricades, leur potentiel de violence, a dix fois plus d’impact que des hommes et des femmes en train de négocier autour d’une table. Même chose pour tous les reportages sensationnalistes qui traitent de meurtres, de prostitution ou de dépendance à la drogue : ils font monter les cotes d’écoute et, du même coup, les revenus publicitaires. Par ailleurs, les bulletins de nouvelles doivent passer rapidement d’un événement à un autre. Les stéréotypes, par définition connus de tout le monde, sont des raccourcis qui permettent de gagner du temps. Comprendre le fonctionnement des émissions d’information n’en changera pas le contenu, mais aidera les jeunes à réaliser que la nouvelle la plus médiatisée n’est pas forcément la plus importante. La comparaison entre la couverture des nouvelles par APTN (le Réseau de télévision des peuples autochtones) et celle mise en avant par les grandes chaînes de télévision est de ce point de vue édifiante et met en relief l’importance des décisions prises en coulisses.
Au cinéma et à la télévision, les autochtones apparaissent-ils comme des êtres humains normaux ou comme des caricatures unidimensionnelles ?
Pendant des générations, les producteurs de la télévision et du cinéma, particulièrement hollywoodien, se sont servis des autochtones pour raconter l’histoire des Blancs en Amérique. Par conséquent, ils leur ont rarement accordé une personnalité complexe ou un rôle autonome. Leurs « Indiens » n’agissent presque jamais individuellement, en fonction de leurs propres jugements et valeurs. Malgré certains efforts pour briser la tradition, les vieux stéréotypes sont difficiles à éliminer.
Émissions télévisées et films respectent-ils les différences tribales, culturelles et religieuses ?
Toute personne qui connaît un peu les différentes cultures autochtones détectera régulièrement dans les films et émissions télévisées des erreurs flagrantes et souvent comiques : des tipis là où seules étaient connues les maisons longues, des chevaux dans les contrées où l’on se déplaçait normalement à pied et en canot, des coiffures de plumes sur la côte du Pacifique, etc. Les producteurs se soucient rarement des différences d’habillement, de langage, d’habitat ou de croyances qui existent parmi les nombreuses tribus des Premières Nations. Soit par ignorance, soit par simple paresse, ou encore dans le but de créer un décor facilement reconnaissable et doté d’un plus grand impact visuel, ils préfèrent amalgamer des stéréotypes qui « parlent » au public.
Les autochtones s’expriment-ils d’une manière normale à la télévision et au cinéma ?
Les vieux westerns trouvaient pratique de faire s’exprimer les autochtones dans un anglais cassé qui ne pouvait traduire que de façon très primaire leurs pensées et émotions, en raison de leur connaissance imparfaite de la langue (et, souvent sous-entendu, la pauvreté de leur intellect). Une tendance à la simplification qui, jusqu’à un certain point, règne encore de nos jours. Les films historiques devraient au moins montrer des autochtones maîtrisant parfaitement leur propre langue. Il existe plus de 350 langages autochtones en Amérique du Nord, une réalité totalement occultée par l’industrie du cinéma.
Les autochtones américains n’auraient-ils existé que de 1830 à 1880 dans les grandes plaines de l’Ouest ?
À quelques exceptions près, Hollywood semble en être persuadé. En fait, les Premières Nations existaient déjà des milliers d’années avant l’arrivée des Européens et leur population actuelle s’élève à plus d’un million au Canada et à presque deux millions aux États-Unis, aussi bien dans les réserves que dans les grands centres urbains et les régions rurales. Où et quand cette réalité actuelle apparaît-elle dans les grands médias ?