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Filles et médias
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Une vaste étude effectuée en 2008 par la docteure Maya Götz du International Central Institute for Youth and Educational Television, sur la représentation des sexes dans 19 664 programmes pour enfants de 24 pays différents, montre que les personnages féminins des émissions pour enfants ne représentent que 32 % des protagonistes. L’industrie des médias justifie cette disproportion en arguant que les filles peuvent plus facilement que les garçons s’identifier à des personnages du sexe opposé. Argument spécieux, selon Götz, pour qui le déséquilibre des sexes à la télévision est la cause de la plus grande popularité des personnages masculins, et non pas sa conséquence.

En matière de publicité, les messages destinés aux enfants montrent dans 55 % des cas des garçons en train de construire quelque chose, de réparer des jouets ou de se chamailler, tandis que les filles, dans 77 % des cas, sont représentées en train de rire, de parler ou d’observer les autres. 85 % du temps, les garçons sont dehors alors que les filles sont à l’intérieur de la maison dans plus de la moitié des cas.

Tout un progrès déjà accompli ? Oui et non.

Les grands médias, et en particulier les émissions de télévision pour enfants, offrent plus de modèles positifs aux petites filles que jamais auparavant. Les personnages féminins de Cornemuse, Macaroni tout garni et Mona le vampire sont solides et fonctionnent sur un pied d’égalité avec leurs pendants masculins.

Les adolescentes disposent, elles aussi, de modèles valables. Une enquête de Children Now montre que dans les émissions et les films préférés des adolescentes, les personnages féminins et masculins parviennent dans des proportions égales à régler leurs problèmes et à réaliser leurs objectifs. (Moins dans le cas des films, où la proportion est de 49 % pour les garçons et seulement 37 pour les filles.)
Au Québec, quelques téléromans ont été conçus spécialement pour un public adolescent ou préadolescent. Des émissions comme Watatatow et Ramdam, sans éviter tous les clichés, présentent aux filles des personnages dans lesquels elles peuvent se reconnaître. Conçues pour divertir tout en éduquant, ces émissions sensibilisent les jeunes filles à une foule de sujets. Ainsi, Watatatow a déjà abordé des questions délicates comme l’anorexie et la boulimie, la violence dans les jeunes couples ou les pressions exercées sur les filles pour avoir des relations sexuelles. À travers ces histoires, les filles sont encouragées à s’exprimer et à définir ce qu’elles désirent. Les personnages féminins des dramatiques pour adolescents sont de moins en moins présentés comme des victimes : elles savent ce qu’elles veulent et comment l’obtenir.

Cependant, l’étude internationale de Götz  met en évidence un certain nombre de stéréotypes sexuels qui se retrouvent tout autour du monde ; en général, les filles et les femmes sont animées par un intérêt amoureux, apparaissent comme dépendantes des garçons, et sont stéréotypées selon leur couleur de cheveux –les blondes tombent dans les deux catégories : « gentille et douce » ou « peau de vache » ; les rousses sont des « garçons manqués »-. Elles sont d’une beauté conventionnelle, plus minces que la moyenne des femmes, et sexualisées. Une constatation que fait également le Conseil du statut de la femme du Québec, dans sont rapport « Le sexe dans les médias, obstacle aux rapports égalitaires » : « Encore aujourd’hui, la télévision diffuse plusieurs émissions qui reproduisent des stéréotypes sexuels. C’est le cas, entre autres, des émissions de téléréalité dont l’immense popularité illustre, aux yeux du Conseil, la prégnance des stéréotypes. De la même façon, la publicité destinée aux filles les confine dans les rôles féminins au cœur de la dynamique des rapports entre les femmes et les hommes. Charmer, plaire, séduire : voilà à quoi se résume le rôle des filles dans la publicité. »

Les magazines pour adolescentes sont le seul média où les filles sont sur-représentées. Malgré cette représentation, le contenu reste lui aussi conservateur, présentant des normes et des valeurs qui limitent le choix des femmes. Selon une étude de Caroline Caron réalisée 2003 portant sur les magazines Adorable, Cool et Filles d’aujourd’hui, 65 % de leur contenu éditorial est consacré à l’apparence et aux relations hommes-femmes, et seulement 35 % au développement personnel et social. Les articles liés au développement se concentrent sur la dimension personnelle, laissant de coté la dimension sociale de l’identité. Les publicités et photographies de ces magazines sont à l’image de la ligne éditoriale. Les publicités présentent principalement des produits reliés à l’apparence et les photographies montrent les femmes dans un environnement domestique, renforçant l’idée que l’identité féminine se définit dans le domaine du privé. Les hommes sont présentés dans un environnement extérieur, leur identité prends place dans le domaine social.

Filles, médias, développement de l’identité et de l’estime de soi

Les recherches montrent que ces messages rendent difficile le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Dans une étude marquante réalisée en 1988, la psychologue Carol Gilligan a été la première à souligner une tendance inquiétante, soit la perte brutale d’estime de soi que subissent les filles à l’arrivée de la puberté. Elle suggère que la raison en est le fossé grandissant entre l’image qu’elles se font d’elles-mêmes et ce que la société leur dit qu’elles devraient être.
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En 2002, des chercheurs de l’Université Flanders, dans le sud de l’Australie, ont étudié les réactions de 400 adolescentes à la publicité. Ils ont découvert que celles qui regardaient des messages publicitaires mettant en vedette des mannequins d’une minceur anormale perdaient confiance en elles-mêmes et devenaient de plus en plus insatisfaites de leur propre corps. Par ailleurs, plus elles consacraient de temps et d’efforts à leur apparence physique, plus leur assurance diminuait.

En 2008, le rapport du Conseil du statut de la femme note que les filles, plus que les garçons, sont insatisfaites de leur apparence : « 41 %, 48 % et 43 % des filles de 1ère, 3ème et 5ème secondaire sont insatisfaites de leur image corporelle », contre 34 % de garçons.


 

L’érotisation des très jeunes filles

undefinedCette pression exercée sur les adolescentes est exacerbée par une tendance de plus en plus marquée à sexualiser les très jeunes filles. Depuis 10 ans, au grand dam des groupes pour la protection des enfants, l’industrie de la mode utilise de très jeunes mannequins. Il n’est plus rare maintenant de voir présenter des filles de 12 ou 13 ans comme si elles étaient des femmes. Sur les photos, l’angle choisi (où le mannequin regarde vers le haut, en direction supposée d’un homme plus grand), les yeux détournés, le désarroi exprimé par les visages et la vulnérabilité des poses reproduisent des techniques couramment utilisées en pornographie.

Selon l’anthropologue David Murray, « notre culture pratique dans une grande mesure une érotisation de l’enfant ». Selon lui, l’excitation médiatique autour des contorsions d’une mini-vamp comme Britney Spears ou de l’assassinat de JonBenet Ramsey (six ans) est un d’exemple de la manière dont cette érotisation est utilisée à des fins hautement commerciales.

Un rapide survol des médias suffit à confirmer à quel point les petites filles sont bombardées d’images à caractère sexuel, généralement stéréotypées. Arrivées à l’adolescence, beaucoup de filles apprennent à ignorer ce type de messages, mais d’autres y restent avidement accrochées. Selon Children Now, ces adolescentes seront profondément influencées par de telles « images stéréotypées d’objets sexuels sans la moindre imperfection, à moitié dévêtus et d’une minceur morbide. Les études montrent que plus les filles en consomment, plus elles ont une opinion négative de la gente féminine. »



 
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Recommandations
lectures, vidéos, liens

Que lisent les jeunes filles? Une analyse thématique de la « presse ados » au Québec (Pratiques psychologiques, 2003)

L'identité adolescente dans les magazines jeunesse

Le sexe dans les médias : obstacle aux rapports égalitaires (Avis du Conseil du statut de la femme)


Résumé mémoire


CARON, Caroline. La presse féminine pour adolescentes : une analyse de contenu. (Université Laval, Département d’information et de communication, 2003)

 
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