« En cent ans de cinéma, l'homosexualité n'est apparue que rarement à l'écran. Et toujours comme une chose risible, pitoyable ou parfois même effrayante. De rares images fuyantes, mais inoubliables et qui ont laissé une marque indélébile. C'est Hollywood, ce grand créateur de mythes, qui a enseigné aux hétérosexuels ce qu'ils devaient penser de l'homosexualité et aux gais et lesbiennes ce qu'ils devaient penser d'eux-mêmes. »
The Celluloid Closet
Les controverses récentes sur la représentation négative de l'homosexualité à Hollywood ont mis en évidence la manière dont le cinéma a marginalisé et occulté les gais et les lesbiennes. Des organisations comme la Gay and Lesbian Alliance Against Defamation (GLAAD) affirment que Basic Instinct ou Le silence des agneaux, par exemple, diabolisent gais et lesbiennes en les présentant comme des psychopathes.
Dans son livre, The Celluloid Closet, Vito Russo analyse la représentation des gais et lesbiennes dans les films hollywoodiens des années 1980 et 1990 et y décèle une homophobie récurrente, une caricature cruelle et souvent hostile des personnages homosexuels, qui ne sont définis que par leur orientation sexuelle, sans la moindre profondeur psychologique.
À ses débuts, de 1890 aux années 1930, le cinéma hollywoodien dépeignait souvent l'homosexualité comme un objet de ridicule, un élément comique. Le personnage de l'homosexuel efféminé était populaire à l'époque et, selon Russo, amusait et rassurait à la fois le public. À mi-chemin entre féminité et virilité, son homosexualité n'avait rien de menaçant.
Dans les années 1930 à 1950, groupes de femmes et associations religieuses se sont attaqués au cinéma hollywoodien qui, selon eux, contribuait à l'immoralité publique. En réaction, l'industrie a développé une autocensure qui s'est répercutée sur sa représentation de l'homosexualité. Durant toute cette période, aucun personnage ne pouvait être ouvertement présenté comme homosexuel ; on se contentait de le suggérer par des maniérismes et des particularités de caractère.
Cette politique rigide s'est relâchée dans les années 1960 et 1970 en même temps qu'apparaissaient les mouvements féministes et les groupes de revendications homosexuels. Gais et lesbiennes devenaient plus visibles et commençaient à faire entendre leur voix, mais leur représentation au cinéma n'en était que plus homophobe. Ils incarnaient le plus souvent des personnages dangereux, violents ou carrément meurtriers.
À partir de 1990, les choses s'améliorent. Les personnages homosexuels sont moins ambigus et on s'efforce de les présenter dans des situations semblables à celles vécues par les hétérosexuels. La popularité de films comme The Birdcage, Philadelphia, Gazon maudit, Quand tombe la nuit ou In & Out démontre aussi que le public peut apprécier des films mettant en vedette des gais ou des lesbiennes. Malgré tout, les critiques trouvent l'industrie encore trop prudente dans le reflet qu'elle donne des personnages, expériences et thèmes homosexuels. Hollywood vise un public aussi large que possible et les producteurs hésitent à s'intéresser à l'homosexualité de crainte d'indisposer une grande partie de leurs spectateurs… et de faire fuir les investisseurs.