Comment l'éducation aux médias peut-elle contribuer à contrer l'impact sur les jeunes de la violence dans les médias ? Elle n'empêchera pas un enfant de six ans de reproduire un championnat de lutte dans la cour de récréation et n'influencera probablement pas le choix de vidéos d'un adolescent. Mais elle peut les aider à mettre cette violence en perspective, et ainsi, peut-être, diminuer son influence.
Une réflexion critique sur les médias peut amener les jeunes à s'interroger sur la manière dont on exploite la violence dans les films et les jeux vidéo, ainsi que sur les raisons de son omniprésence. Est-elle essentielle à l'intrigue ou sert-elle uniquement à créer une excitation supplémentaire ? En montre-t-on les conséquences de façon réaliste ou voit-on les protagonistes passer à travers une porte vitrée sans une égratignure ? Les traumatismes psychologiques engendrés par la violence sont-ils présentés ou l'histoire se poursuit-elle sans en tenir compte ?
L'étude de la représentation de la violence dans les médias permet aux jeunes de comprendre la vraie nature des produits de divertissement : ce sont des fictions. Les crimes, par exemple, y jouent un rôle beaucoup plus important que dans la réalité, quand on sait qu'au Canada, un policier sort son revolver moins d'une fois par année en moyenne. Des études ont montré que les amateurs de films policiers et d'action ou les grands consommateurs de nouvelles à la télévision finissent par voir le monde sous un jour beaucoup plus menaçant qu'il ne l'est en réalité.
Une leçon de base à enseigner aux jeunes : les productions médiatiques sont des constructions délibérées, le résultat d'une série de choix, et non « une fenêtre ouverte sur la réalité », quoi qu'en disent les réalisateurs. Et cela inclut les médias d'information. Les jeunes doivent comprendre la relation entre les cotes d'écoute et le choix de nouvelles d'un réseau. La plupart des gens connaissent l'intérêt des médias pour les histoires sanglantes et dramatiques, mais que penser de l'exploitation des guerres et des catastrophes naturelles qui font des milliers d'orphelins et de mutilés, mais dont on ne parle déjà plus la semaine suivante ? Que penser aussi de « l'usure de compassion », une incapacité a ressentir des sentiments normaux de compassion et d'empathie face aux tragédies humaines qui nous sont décrites ?
La violence figure depuis toujours dans le récit des luttes et des rapports sociaux. Cependant, depuis quelques décennies, on assiste à un changement majeur : longtemps associé aux « méchants », l'usage de la violence est de plus en plus souvent présenté comme une prérogative du héros. Ceci soulève une autre question dans le débat : la violence peut-elle être justifiée par des motifs positifs ?
L'éducation aux médias permet d'examiner la version contemporaine du film d'aventures et d'action pour déterminer qui bénéficie de l'usage de la violence et de quelle manière. On découvre rapidement que l'argent est la raison principale de la prolifération de la violence dans les médias, car la violence et l'action s'exportent bien. Les films d'action, où un mort n'attend pas l'autre, sont plus faciles à vendre à l'étranger, parce qu'ils sont plus simples à traduire et à transposer dans une autre culture. Les comédies ou dramatiques de qualité s'appuient sur des scénarios intelligents et des références culturelles spécifiques. Les gens ne pleurent ou ne rient pas forcément de la même chose à Drummondville et à Tokyo, mais les combats de karaté, les échanges de coups de feu et les poursuites de voitures sont compris partout, sans explication.
Ce peut être également une révélation pour les jeunes de réaliser que chacun interprète à sa manière ce que lui présentent les médias. Notre réaction face aux films, chansons, jeux vidéo ou émissions de télévision est colorée par notre personnalité, nos valeurs et expériences, y compris notre exposition à la violence dans les médias.
L'éducation aux médias offre une bonne occasion de s'interroger sur soi-même. Les jeunes prennent souvent conscience de leurs réactions et sentiments face à la violence dans la vie réelle comme à l'écran. Ils apprennent aussi qu'ils ont leur mot à dire et un rôle à jouer en tant que consommateurs. D'ailleurs, Internet facilite les débats publics et permet de faire parvenir plus facilement opinions et critiques aux producteurs des médias.