Presque le tiers des jeunes disent qu’ils donneraient leur nom réel et leur adresse pour s’abonner à un service de compte de courrier électronique gratuit (30 pour cent) ou pour créer un profil en ligne sur un site comme MSN (27 pour cent). Dix-neuf pour cent fourniraient ces renseignements pour participer à un concours en ligne.
(Source : Sondage Jeunes Canadiens dans un monde branché, Réseau Éducation-Médias, 2005) |
Parler de « vie privée en ligne » est une contradiction en soi : rien n'est vraiment privé sur Internet. Le simple fait d'accéder à un site Web fournit de l'information sur vous. L'adresse de votre fournisseur de services Internet, les plugiciels que vous avez téléchargés, les configurations techniques de votre ordinateur, les précédents sites visités et même votre adresse de courriel deviennent aussitôt accessibles au propriétaire du site que vous êtes en train de visiter. Combinez cela aux autres informations que vous donnez volontairement, quand vous achetez des produits, participez à un concours, vous inscrivez à un site Web ou téléchargez des plugiciels, et vous obtenez un profil de consommateur très complet. Une vraie mine d'or pour les spécialistes du marketing.
Stratégies utilisées par les publicitaires sur Internet
Il est parfois difficile, en particulier pour les jeunes, de faire la distinction entre jeux, divertissement et cueillette d'informations déguisée. Voici quelques-unes des stratégies employées par les spécialistes du marketing pour soutirer des informations personnelles aux jeunes :
- formulaires d'inscription très détaillés pour permettre aux jeunes de faire partie d'une communauté virtuelle ;
- profils personnels pour « aider » les jeunes visiteurs à se faire des amis en ligne qui partagent les mêmes intérêts ;
- tests de personnalité et de quotient intellectuel ;
- études de marché qui récompensent les jeunes en leur donnant des points ;
- formulaires de participation à des concours ;
- formulaires d'inscription lors de téléchargement de jeux ou plugiciels ;
- cartes postales électroniques à envoyer à des amis ou parents ;
- abonnements à des infolettres ;
- offres de « cadeaux » promotionnels, audioclips, portraits de vedettes, coupons de réduction pour magasins en ligne ou écrans de veille promotionnels.
Ce sont là les moyens les plus évidents pour recueillir des renseignements. Il en existe de plus subtils qui retracent électroniquement l'information : témoins (cookies) et autres espions fournissent aux spécialistes du marketing des données sur le « parcours » d'un internaute, la séquence de clics qu'il effectue en interaction avec un site Web et sa publicité.
Témoins, pixels espions et voleurs de trafic
Les témoins (cookies) sont la forme la plus couramment utilisée pour pister un internaute. Un témoin est un fichier texte qu'un serveur Web place dans l'ordinateur d'un visiteur pour recueillir de l'information le concernant. Ce même serveur peut ensuite y avoir librement accès. Les sites Web commerciaux se servent des témoins pour enregistrer vos activités sur leur site, de manière à vous offrir de l'information sur mesure lors de votre prochaine visite. L'utilisation des témoins est controversée parce qu'autant le stockage des informations personnelles que l'accès ultérieur à celles-ci par le serveur se font à l'insu de l'internaute.
Les pixels espions, une technologie plus récente, menacent encore davantage la vie privée des internautes. Ces petits graphiques transparents, une fois installés sur une page Web ou un courriel, travaillent en tandem avec les témoins pour en extraire une grand quantité d'informations. Comme les témoins, ils peuvent mesurer le trafic sur une page et établir votre parcours à l'intérieur d'un site. Mais, à votre sortie, ils sont aussi capables de vous suivre partout sur Internet et de répertorier cette information pour dresser votre profil personnel.
Normalement, ils ne servent qu'à recueillir de l'information technique, comme votre adresse IP, mais ils peuvent aussi utiliser les témoins déjà présents dans votre ordinateur pour recueillir de l'information personnelle vous concernant. Les renseignements obtenus sont ensuite stockés sur un serveur séparé, puis éventuellement vendus à d'autres sites Web commerciaux.
Un nouveau logiciel, appelé « voleur de trafic » (« scumware »), est tout aussi menaçant. On le retrouve généralement intégré à des logiciels de partage de fichiers, comme ceux qu'utilisent enfants et adolescents pour télécharger et échanger de la musique. Le « voleur de trafic » s'empare littéralement d'un ordinateur et surimpose des hyperliens sur certains mots des pages Web visitées par l'utilisateur. L'internaute qui clique sur ces hyperliens dans l'idée de continuer sa visite d'un site se retrouve transporté d'un seul coup sur un autre site Web.
Il existe différents moyens de se défendre contre ce type d'invasions organisées par les spécialistes du marketing. On peut télécharger des logiciels gratuits anti-pubs, comme Ad-Aware ou Web Washer, qui avertissent l'internaute de la présence de « voleurs de trafic » dans un logiciel. Le site Cookie Central Web donne des conseils sur la meilleure manière de les rendre inopérants sur votre disque dur. Privacy Foundation permet d'en minimiser les effets.
Il est important qu'enfants et adolescents comprennent qu'ils ont droit à leur vie privée sur Internet. Ils doivent apprendre à reconnaître les méthodes évidentes, ou plus subtiles, utilisées par les spécialistes du marketing pour obtenir d'eux des renseignements personnels et envahir leur vie privée.
Législation et lignes de conduite
Le Canada n'a pas de loi spécifique qui interdit aux médias électroniques de recueillir des informations auprès des jeunes.
L'Association canadienne des fournisseurs Internet (ACFI) a créé pour ses membres un Code de conduite volontaire qui comprend 10 principes de base. Il ne concerne pas spécifiquement les enfants, mais sous-entend leur inclusion.
Les directives sur la protection de la vie privée de l'Association canadienne du marketing comprennent quelques clauses sur la cueillette, le transfert et les demandes d'information concernant les enfants de moins de 13 ans. Elles sont cependant loin d'être complètes et sont, elles aussi, uniquement volontaires.
Dans ce domaine, les États-Unis sont très en avance sur le Canada : le Children's Online Privacy Protection Act (COPPA) a pris effet en avril 2000. Cette loi oblige les sites commerciaux à dévoiler clairement leurs techniques de cueillette de l'information et à obtenir l'autorisation des parents avant de demander des renseignements personnels à des enfants de moins de 13 ans.
Lois et directives sont un bon début, mais elles ne couvrent pas tout. Les politiques de protection de la vie privée des sites Web peuvent être rédigées en termes vagues, obscurs ou même trompeurs. En outre, rien n'empêche les enfants de moins de 13 ans de visiter des sites Web pour adolescents plus âgés ou pour adultes, qui n'ont pas à se conformer à ces législations.
La situation est d'autant plus sérieuse que la majorité des enfants et des adolescents canadiens ne semblent pas accorder beaucoup d'importance à la protection de leur vie privée. Ils sont 50 % à se dire prêts à révéler nom, âge, sexe, passe-temps et adresse de courriel pour gagner un concours. Parents et éducateurs ont donc une part du défi à relever. La tâche leur appartient d'apprendre aux jeunes à ne pas étaler au grand jour leurs renseignements personnels afin que l'industrie du marketing ne puisse y avoir accès.