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Votre enfant est-il une cible ?
Conseils pour parents et enseignants sur les dangers du recrutement au sein des groupes haineux canadiens

La situation actuelle des groupes haineux au Canada

  • Les groupes haineux sont composés de xénophobes et de racistes qui haïssent tous ceux qui sont différents, en particulier des minorités comme les Noirs, les musulmans, les juifs, les catholiques et les homosexuels, non en raison de ce qu'ils font, mais plutôt en raison de ce qu'ils sont.

  • En mettant sur le dos de groupes minoritaires visibles ou spécifiques les problèmes passés et actuels de la société, les semeurs de haine se nourrissent de leur propre illusion de supériorité.

  • Les groupes haineux fonctionnent via des réseaux et des organismes pseudo-religieux et de droite, qui sont intimement liés.

  • Au cours des années 1990, le Canada est devenu un terrain fertile pour des groupes comme le Heritage Front, le Aryan Nations, le Ku Klux Klan et les bandes de skinheads racistes. On dénombre environ 40 groupes haineux au Canada, travaillant en réseaux sur les scènes nationale et internationale pour la promotion de leur idéologie raciste.

  • Ils sont reconnus pour infiltrer les organisations religieuses, particulièrement les communautés chrétiennes à prédominance blanche. Cependant, leur idéologie n'a rien à voir avec la pensée chrétienne. Des groupes ont récemment démarré au sein de certaines minorités.

  • Les activités habituelles des groupes haineux comprennent des messageries téléphoniques haineuses qu'on retrouve à travers le Canada, administrées notamment par le Heritage Front, le Ku Klux Klan et le Liberty Net ; des concerts rock commandités par des groupes comme le World Church of the Creator ; des camps d'entraînement paramilitaires pour les jeunes recrues ainsi que des attaques contre des activistes antiracistes. On leur attribue aussi la responsabilité pour l'augmentation de crimes à caractère racial et d'attaques dirigées contre les membres de la communauté gaie.

Un bref historique

La propagande raciste et haineuse fait partie depuis longtemps de l'histoire canadienne. Qu'on se rappelle l'arrivée des premiers colons européens et leur campagne de déshumanisation des autochtones, résultant en un véritable génocide culturel et de nombreux crimes impunis. L'antisémitisme était également foisonnant au début de la colonisation, une tendance qui s'est transformée en propagande haineuse envers les Canadiens d'origine chinoise, sikh et japonaise.

Au cours des années 1920 et 1930, les Noirs, les catholiques et les juifs ont été la cible d'attaques de la part de groupes haineux comme le Ku Klux Klan. Alors que l'immigration augmentait suite à la Première Guerre mondiale, il y eut un ressac contre les étrangers, groupes minoritaires et individus. Les groupes haineux se sont alors nourris, comme ils le font maintenant, de la tension et des troubles sociaux, tentant du même coup de déstabiliser la société.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, des membres de l'élite canadienne ont vanté les qualités de chef d'Adolf Hitler alors que la politique gouvernementale était d'ignorer l'exode des juifs européens, fuyant la persécution nazie.

L'activité des groupes haineux est en corrélation avec les perceptions politiques des groupes minoritaires. En période de prospérité, lorsque l'on est plus enclin à accepter divers groupes au sein de sa communauté, la propagande haineuse et les activités racistes déclinent. À l'inverse, lorsque l'économie va moins bien, la récession est accompagnée de suspicion et de blâmes à l'endroit des minorités et des immigrants, ceux-ci étant pointés du doigt pour la mauvaise conjoncture économique par ceux qui recherchent des boucs émissaires. Comme ce fut le cas dans les années 1920 et 1930, la récession de 1990 fut l'occasion d'une recrudescence des activités des groupes haineux.

Pendant ces périodes économiquement difficiles, plusieurs jeunes, à moins que leurs parents, leurs professeurs et autres personnes proches ne soient vigilants, peuvent être enrôlés, à la suite d'un contact continu avec une propagande haineuse diffusée dans le but de les gagner à la cause raciste.

La menace que représentent la propagande et les groupes haineux

L'objectif des semeurs de haine est de donner une fausse image de certains groupes d'individus en les faisant passer pour des êtres inférieurs et des sous-humains. Par conséquent, ils minent les règles et les valeurs de la société et menacent d'exercer un certain contrôle de la culture par la force ou le simple pouvoir du nombre.

La propagande haineuse joue sur les doutes et les craintes intimes de chacun. Elle se nourrit de l'ignorance et de la désinformation et elle érige ainsi des barrières empêchant la communication. Elle désagrège le tissu social, compromettant l'existence des valeurs démocratiques et nourrissant l'inégalité et l'oppression.

Lorsqu'un groupe est attaqué, nous le sommes tous. La propagande haineuse n'a rien à voir avec la liberté d'expression. Il s'agit de la promotion de sentiments haineux envers une minorité identifiable, ce qui est criminel au Canada.

La réalité d'aujourd'hui

Les activités des groupes haineux sont en croissance continue au Canada et sont actuellement à des niveaux jamais atteints depuis 1920. La Ligue pour les droits de la personne a rapporté une augmentation d'incidents antisémites de l'ordre de 200 % depuis 1988. Cette statistique a été corroborée à la fois par la police et par les groupes communautaires documentant les crimes à caractère racial.

Des groupes haineux comme les Aryan Nations, le Heritage Front, le World Church of the Creator, le Ku Klux Klan, la Northern Foundation et la Church of the Mountain recrutent activement, à l'heure actuelle, des jeunes Canadiens.

Récemment, des groupes prônant la suprématie de la race blanche ont tenté d'infiltrer et de prendre le contrôle du mouvement skinhead. Bien que tous les skinheads ne soient pas racistes, plusieurs, au Canada, le sont et ont montré une certaine propension à la violence. Depuis 1990, au moins 24 meurtres à caractère raciste ou sexiste ont été commis par des skinheads en Amérique du Nord.

Votre enfant est-il une cible ? Votre ami est-il une cible ?

  • Les groupes haineux concentrent leurs efforts de recrutement au sein des écoles secondaires, des collèges et des universités.

  • Les jeunes sont plus enclins à se laisser convaincre par l'idéologie raciste d'un semeur de haine. Ils sont souvent naïfs et plus facilement influencés par la propagande raciste, parce qu'ils n'ont ni l'expérience, ni tous les faits en main pour réfuter les mensonges et les mythes auxquels on essaie de leur faire croire.

  • Les jeunes solitaires et marginalisés, qui recherchent un sentiment d'identité et d'appartenance, sont des cibles de choix pour les racistes et deviennent leurs instruments de prédilection une fois recrutés.

  • Les jeunes qui sont plus vulnérables émotivement ou en colère sont facilement endoctrinés par les semeurs de haine et se laissent souvent entraîner dans des activités violentes et criminelles pour prouver qu'ils peuvent suivre les ordres.

  • Impatientes d'être acceptées, les jeunes recrues ne savent pas reconnaître l'abus de pouvoir des leaders et peuvent être utilisées pour intimider les opposants et recruter de nouveaux membres.

Comment se fait le recrutement chez les groupes haineux ?

  • Par l'intermédiaire de rituels, d'insignes et surtout de cérémonies impressionnantes qui rendent les jeunes plus facilement enrôlables, compte tenu que ces jeunes ont peu de confiance en leur avenir. Ils sont ainsi littéralement catapultés dans un environnement violent et haineux.

  • Les jeunes qui sont maltraités, en colère, décrocheurs, sans emploi, en fugue et qui recherchent des boucs émissaires sur qui faire porter le blâme, sont des cibles de premier choix pour les promoteurs de la haine.

  • Les jeunes qui sont laissés pour compte par la société et leur entourage constituent des proies pour les groupes haineux qui profitent de leurs faiblesses et les entraînent au sein d'un groupe par lequel ils se sentiront acceptés.

  • Les membres de groupes haineux se lient d'amitié avec des élèves et les invitent à des réunions, les faisant se sentir importants, leur donnant des cartes de membres, des titres et ainsi, un sentiment d'appartenance.

  • Les groupes haineux recrutent leurs adhérents en distribuant des tracts et des dépliants dans les écoles et dans la rue, en attirant les jeunes à des assemblées, à des concerts ou à des rassemblements et en les invitant à écouter une messagerie téléphonique haineuse pour avoir plus de renseignements.

  • Les membres des groupes racistes simulent la camaraderie ou l'amitié, pour des raisons qui ne sautent pas aux yeux de la cible.

  • Ils laissent entendre que leur groupe haineux n'est qu'un club social, un parti nationaliste tout à fait légitime, ou encore un mouvement intéressé à préserver la culture canadienne.

  • Ils mentent toujours à leurs nouveaux membres en n'avouant pas leur véritable objectif, constitué de haine et de violence, avant qu'il ne soit trop tard pour reculer.

  • Les semeurs de haine demandent d'une part l'égalité des droits pour les Blancs et, d'autre part, ils dénigrent les minorités dans des articles racistes et xénophobes, des circulaires, de la musique rock et des dessins animés. Internet est de plus en plus utilisé comme moyen de diffusion.

  • Les jeunes subissent un lavage de cerveau au moyen de rituels, rassemblements, camps de formation, jusqu'à ce qu'ils abdiquent leur propre identité au profit de la cause du groupe et qu'ils deviennent à leur tour des propagandistes de la haine et des idées racistes.

Les premiers signes d'endoctrinement

Un changement de comportement ou d'apparence de votre adolescent peut indiquer son implication au sein de groupes racistes. Certains des signes révélateurs sont :

  • un manque soudain d'intérêt pour l'école

  • l'apparition de nouveaux amis et de longues sorties sans explications

  • un comportement très violent ou plus secret

  • de l'hostilité, de l'impolitesse et de la désobéissance envers les parents et la famille

  • l'exécution de graffitis et de dessins à caractère raciste

  • une tendance à écouter à plein régime de la musique heavy rock aux paroles violentes. Ce pourrait être de la musique rock raciste comme l'interprètent des groupes tels RaHoWa ou Skrewdriver

  • l'utilisation de divers stéréotypes pour faire de certains groupes ethniques des boucs émissaires ; l'emploi d'insultes et d'épithètes disgracieuses pour désigner des groupes raciaux ou religieux, et ce, constamment

  • des commentaires racistes ou fanatiques à propos des minorités, des immigrants ou des étrangers

  • une répugnance marquée à considérer certains groupes ethniques ou religieux comme des Québécois ou des Canadiens à part entière, voire même comme des êtres humains

  • le port ou la distribution de certains symboles de la propagande nazie tels la croix gammée et la croix de fer, le port de vêtements militaires et d'autres symboles

  • en devenant un skinhead ou en se tenant avec des skinheads, en portant des bottes de combat Doc Marten's rouges ou noires, des jeans serrés roulés à la cheville, des vestes rembourrées ou des cheveux rasés

  • l'écriture ou le tatouage de symboles ou de slogans racistes du type RaHoWa (Racial Holy War), ZOG (Zionist Occupation Government) et JOG (Jewish Occupation Government)

  • un intérêt marqué pour les thèmes, les vêtements et les armes militaires

  • la possession de propagande haineuse et de publications niant l'Holocauste, tel la revue Up Front du Heritage Front et la revue Racial Loyalty du World Church of the Creator, des vidéos, de la musique, des livres ou des dépliants produits par les groupes haineux

Une fois recrutés

Les groupes haineux utilisent des techniques semblables à certains cultes religieux pour recruter et retenir leurs membres.

  • Une fois embrigadé, on encourage le jeune à s'isoler, à délaisser son milieu de vie passé (parents, famille, amis) et à s'engager à fond au sein du mouvement, ce qui veut souvent dire se compromettre par des actes illégaux.

  • Par la suite, les jeunes trouvent difficile voire impossible de quitter le groupe. Les mouvements haineux y font régner une atmosphère de violence, d'abus et d'intimidation, forçant souvent les recrues à commettre des actes criminels et violents.

  • Les groupes racistes en apprennent tant sur la vie de la recrue qu'il est impossible de leur faire faux bond. Les jeunes recrues qui commencent à douter deviennent souvent elles-mêmes la cible de menaces et de violences qui pourraient leur être infligées si jamais elles quittaient le groupe.

Que faire ?

  • N'ignorez pas l'existence de tels groupes : réagissez !

  • Rapportez tout incident relié à ces groupes à votre service local de police.

  • Les services policiers ont des inspecteurs ou même des sections travaillant exclusivement sur les dossiers de crimes haineux. Ils seront désireux de vous aider et devraient être rejoints si vous avez quelque renseignement que ce soit à leur transmettre sur des groupes racistes.

  • Ne jetez aucun document écrit, affiche ou article susceptible d'aider les policiers dans leur enquête.

  • Votre organisme local pour les relations raciales, votre commission scolaire, la Ligue des droits de la personne et d'autres groupes ont dans leurs rangs des professionnels spécialisés et habitués à intervenir lorsqu'on leur rapporte les activités de recrutement et autres des groupes haineux.

  • Si vous ou votre enfant avez été victime de groupes racistes ou haineux, contactez l'un des organismes énumérés à la fin de ce document.

  • Souvenez-vous que le Code criminel canadien interdit la distribution de propagande haineuse ainsi que la promotion de la haine, l'incitation à la violence ou la justification de tout génocide et que vous avez la loi de votre côté.

Les organismes ?uvrant dans le domaine de l'antiracisme et contre la haine

  • Plusieurs municipalités ont mis sur pied un comité communautaire pour les relations raciales traitant de ces questions. De plus, au sein même de l'administration municipale, on retrouve souvent des services axés sur les relations raciales qui peuvent vous apporter leur soutien.

  • Votre gouvernement provincial devrait aussi disposer d'un Secrétariat sur l'antiracisme au sein du ministère du Citoyen et/ou de la Culture qui propose de l'aide en plus de programmes combattant la haine, tout en faisant la promotion d'une éducation antiraciste.

  • Vous pouvez également avoir besoin de contacter le ministère de la Justice de votre province ou les services des relations raciales au sein du bureau du Solliciteur général du Canada.

  • Le programme sur le multiculturalisme canadien, mis de l'avant par Patrimoine Canada, inclut des programmes antiracistes ; les divers ministères de la Justice, de l'Immigration et du Solliciteur général ont aussi de l'information et une expertise qu'ils mettent à la disposition des citoyens.

  • Les commissions provinciales sur les droits de la personne étudient les plaintes des personnes se disant victimes de discrimination basée sur la race, la religion, le sexe ou l'orientation sexuelle.

  • La Commission canadienne des droits de la personne étudie quant à elle les plaintes qui relèvent de sa juridiction, à savoir les services téléphoniques, les médias électroniques et les agences fédérales.

  • Contactez les organismes de votre communauté qui peuvent mobiliser leurs membres, organiser des séances d'information sur l'antiracisme dans les écoles et qui apportent de l'aide aux victimes d'actes racistes ou haineux.

Rappelez-vous : vous n'êtes pas seul !

Si vous-même ou quelqu'un de votre entourage croyez avoir été victime de racisme, d'antisémitisme, d'un crime ou de harcèlement motivé par la haine, téléphonez à :

Ligne antihaine :
1-800-892-2624

ou

À Toronto : (416) 633-3692

À Montréal : (514) 733-5377

À Ottawa : (613) 789-4922

À Winnipeg : (204) 942-2597

La confidentialité est assurée.

Illustration du pamphlet « Is Your Child a Target? »

Ligue des droits de la personne de B'nai Brith Canada
15, rue Hove
Downsview (Ontario) M3H 4Y8
Téléphone : (416) 633-6224
Télécopieur : (416) 630-2159


Source : B'nai Brith Canada, 1995. Reproduit avec permission.

 

 

 
 
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