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DOCUMENT DE RECHERCHE



2. Modalités d'écoute : comment les familles regardent la télévision

2.1. Équipements

Dans les familles des sociétés industrialisées, la télévision occupe la toute première place parmi les médias de masse. En effet, elle est présente dans plus de 95 % des foyers américains et canadiens (McLeod,Fitzpatrick, Glynn, & Fallis, 1982) et on constate le même phénomène en Europe de l'Ouest et au Japon (Lull, 1988).

Le nombre de téléviseurs devient aussi un facteur important puisque environ 56 % des foyers canadiens possèdent plus d'un poste de télévision. Au Québec anglophone, cette proportion est de 58 % tandis qu'au Québec francophone, elle est de 61 %. Pour l'ensemble du Québec, elle se chiffre à 60 %. Le nombre de chaînes disponibles tend également à augmenter puisque dans les provinces canadiennes, la pénétration du câble varie de 51 % à 85 %, pour une moyenne de 74 % (B.B.M., 1990-1991). Au Québec anglophone, cette proportion s'établit à 78 %, tandis qu'au Québec francophone, elle est de 66 %. Environ 68 % de l'ensemble des Québécois sont abonnés au câble (voir figure 1).

Figure 1
Pénétration du câble au Québec
selon l'appartenance linguistique 
Pénétration du câble au Québec selon l'appartenance linguistique

Enfin, environ 66 % des foyers canadiens possèdent un magnétoscope (B.B.M., 1990-1991). Cette proportion se chiffre à 66 % pour la population québécoise anglophone et à 62 % pour les québécois francophones. Pour le Québec dans son ensemble, cette proportion est de 62 % (voir figure 2).

Figure 2
Taux de pénétration du magnétoscope au Québec
selon l'appartenance linguistique
Taux de pénétration du magnétoscope au Québec selon l'appartenance linguistique

On peut donc dire, sans ambages, que l'imagerie télévisuelle est omniprésente dans les familles canadiennes et québécoises, ce qui justifie entièrement l'intérêt qu'on lui porte.

2.2. Habitudes d'écoute

Nous présentons, dans cette section, quelques paramètres de base relatifs à l'écoute télévisuelle des canadiens et des québécois. Au Canada, la durée d'écoute moyenne pour l'ensemble de la population (les individus de 2 ans et plus) se situe à 23,1 heures par semaine. Elle est plus élevée dans les provinces de l'Est et diminue graduellement lorsque l'on se dirige vers l'Ouest. Selon le rapport B.B.M. de 1990-1991, c'est au Québec francophone que l'écoute de l'ensemble de la population est la plus élevée : elle se chiffre à 25,8 heures par semaine. L'écoute au Québec anglophone est inférieure puisqu'elle se situe à 22,7 heures par semaine. La moyenne d'écoute pour l'ensemble de la province est donc de 25,5 heures par semaine (voir figure 3).

Figure 3
Durée d'écoute hebdomadaire moyenne des québécois
selon l'appartenance linguistique
Durée d'écoute hebdomadaire moyenne des québécois selon l'appartenance linguistique

Selon le Bureau of broadcast measurement (B.B.M., 1990-1991), les adultes Canadiens (donc, les plus de 18 ans) regardent en moyenne 24,5 heures de télévision par semaine. La durée d'écoute moyenne des femmes se chiffre à 26,5 heures de télévision par semaine. La durée d'écoute moyenne des hommes est légèrement inférieure : elle se situe à 22,4 heures par semaine (voir figure 4).

Figure 4
Durée d'écoute hebdomadaire moyenne
des canadiens de plus de 18 ans
selon le sexe
Durée d'écoute hebdomadaire moyenne des canadiens de plus de 18 ans selon le sexe

C'est encore au Québec francophone que la durée d'écoute est la plus élevée chez l'ensemble des 18 ans et plus : elle se chiffre à 27,3 heures par semaine. Ce taux d'écoute se situe à 23,8 heures par semaine chez les québécois anglophones alors qu'il est de 27 heures par semaine chez l'ensemble de la population québécoise.

Les adultes québécois francophones préfèrent avant tout les téléromans. Ils aiment aussi les comédies, les variétés et les émissions sportives. La plupart de leurs émissions favorites sont d'origine canadienne.

Quant aux adolescents canadiens, leur taux d'écoute moyen se chiffre à 16,9 heures par semaine (B.B.M., 1990-1991). Au Québec francophone, il se situe à 18,9 heures par semaine et au Québec anglophone, à 20,2 heures par semaine. Pour l'ensemble des adolescents québécois, la durée d'écoute est donc de 19,2 heures par semaine (voir figure 5). Comme nous l'avons vu précédemment en ce qui concerne l'écoute des 2 ans et plus, la durée d'écoute des adolescents est plus forte dans l'Est du Canada mais diminue lorsque l'on se dirige vers l'Ouest. La durée d'écoute des adolescents est donc, en général, inférieure à celle du reste de la population canadienne.

Figure 5
Durée d'écoute hebdomadaire moyenne
des adolescents québécois
selon l'appartenance linguistique
Durée d'écoute hebdomadaire moyenne des adolescents québécois selon l'appartenance linguistique

Les émissions spécifiquement conçues pour les adolescents se font plutôt rares. Cependant, on constate que lorsqu'on leur offre une programmation qui les met en scène, les 12 à 17 ans sont nombreux à l'écoute. La majorité des émissions favorites des jeunes francophones sont d'origine canadienne. Comme leurs aînés, ils préfèrent les téléromans. Les adolescent anglophones regardent en majorité des comédies et la plupart des émissions qu'ils préfèrent sont d'origine américaine (Caron et Daoust, 1991).

Pour ce qui est des enfants canadiens, leur taux d'écoute moyen se situe à 19,2 heures par semaine (B.B.M., 1990-1991). L'écart dans la durée d'écoute d'Est en Ouest du pays est également valable chez les enfants de 2 à 11 ans. La durée moyenne d'écoute pour les enfants québécois francophones est de 21,8 heures par semaine alors qu'elle est de 18,3 heures par semaine chez les jeunes anglophones. L'ensemble des enfants québécois regardent donc en moyenne 21,2 heures de télévision par semaine (voir figure 6).

Figure 6
Durée d'écoute hebdomadaire moyenne
des enfants québécois
selon l'appartenance linguistique
Durée d'écoute hebdomadaire moyenne des enfants québécois selon l'appartenance linguistique

Une émission sur deux qui figure dans la liste des 20 émissions préférées du jeune public franco-montréalais (les 2 à 17 ans) est d'origine canadienne. Les québécois de 2 à 11 ans regardent surtout des émissions qui leur sont destinées. Parmi ces émissions, ils apprécient particulièrement les dessins animés mais aiment aussi les dramatiques éducatives. Les enfants anglophones de Montréal, par contre, regardent surtout des émissions d'origine américaine qui ne leur sont pas spécifiquement destinées. Parmi les émissions pour enfants qu'ils écoutent, on retrouve surtout des dessins animés.

Le magnétoscope : une nouvelle façon d'écouter la télévision
En ce qui concerne les magnétoscopes, la durée moyenne d'écoute pour toute la population canadienne est de 3,8 heures par semaine (B.B.M., 1990-1991). Ces appareils deviennent de plus en plus populaires, surtout dans les jeunes familles. Les magnétoscopes modifient les habitudes d'écoute. Les téléspectateurs peuvent maintenant décider de l'heure à laquelle ils regarderont leurs émissions préférées et des films qu'ils écouteront. Ils peuvent éviter les publicités télévisées et se construire une « vidéothèque » avec leurs films ou émissions préférées. Il devient de plus en plus difficile de contrôler le nombre de films étrangers auxquels ils ont accès, la langue dans laquelle ils les regardent, etc.

Les trois-quart des foyers canadiens équipés d'un magnétoscope seraient abonnés à un club vidéo (Einsiedel et Green, 1987). Les foyers canadiens propriétaires d'un tel appareil louent en moyenne 4,1 films par mois (Gouvernement du Canada, 1989). Les cassettes vidéos prennent de plus en plus la place des salles de cinémas grâce à leur caractère plus pratique et économique. Les familles se servent tout de même surtout de leur magnétoscope pour enregistrer des émissions de télévision et les regarder par la suite à une heure plus commode. Elles regardent généralement les programmes qu'elles ont ainsi enregistré au cours de la semaine qui suit. Parfois, mais plus rarement, les propriétaires de magnétoscope regardent une émission en même temps qu'ils en enregistrent une autre.

Les incidences de ces appareils sur l'écoute en famille ne sont pas encore clairement établies. Ainsi, les propriétaires de magnétoscope disent regarder plus souvent la télévision depuis l'acquisition de leur appareil et la regarder plus souvent en famille (Harvey et Rothe, 1986 ; Lin, 1988). Par contre, le magnétoscope sert aussi à accommoder les goûts individuels. Levy et Gunter (1987) rapportent que, bien que 75 % des émissions « en direct » sont écoutées en groupe, 59 % des émissions enregistrées par un téléspectateur font l'objet d'une écoute solitaire (Gunter et Svennevig, 1987 ; Levy et Gunter, 1987).

Par rapport aux pays étrangers, l'écoute de la télévision par les adultes au Québec se situe dans la bonne moyenne, quoiqu'elle soit légèrement plus élevé que dans le reste du Canada. Quelle que soit l'origine de cette différence (programmation mieux arrimée à la culture québécoise, traditions familiales transposées dans un contexte moderne, etc.), ce fait distinctif mérite d'être considéré de façon plus approfondie dans toute politique concernant la famille et son milieu.

2.3. L'influence de l'environnement familial sur les habitudes d'écoute

Les enfants de classe défavorisée sont-ils plus dépendants de la télévision que les enfants de classe moyenne ?
Les enfants de classe moyenne accordent en général moins d'importance à la télévision dans leur vie. Baron (1985) affirme, tout comme Hedinsson (1981), en Suède, que les enfants de classe défavorisée sont plus dépendants de la télévision que les enfants de classe moyenne.

En effet, Baron (1985) a constaté, au cours d'une recherche menée auprès de 330 jeunes anglophones montréalais de 5 à 12 ans, que les enfants de classe défavorisée, tout comme leurs parents, regardent en général plus souvent la télévision que les enfants de classe moyenne. Ils l'écoutent aussi plus souvent en famille, indépendamment du nombre de postes de télévision disponibles.

Lorsque l'on demande aux enfants de choisir entre être avec des parents et des amis ou regarder la télévision, les deux groupes d'enfants tendent à préférer la première alternative. Cependant, chez les enfants de classe défavorisée, cette tendance est moins marquée.

Une recherche australienne de Holman et Braithwaite (1982) confirme et complète ces données. Les familles de la classe défavorisée australienne regardent elles aussi plus souvent la télévision et en sont plus dépendantes. De plus, elles ne sont pas aussi sélectives dans leur écoute que les familles de classe moyenne. Les parents de classe moyenne, quant à eux, regardent moins fréquemment la télévision, sélectionnent plus rigoureusement les émissions et ont en général une attitude moins positive envers la télévision.

L'écoute avec les parents est plus fréquente pendant les émissions d'intérêt général et lorsque parents et enfants ont des goûts similaires
Les membres de la famille regarderaient la télévision ensemble surtout pendant les heures de grande écoute et pendant les émissions particulièrement populaires. Selon plusieurs chercheurs (McDonald, 1986 ; Messaris et al. ; 1983b ; Messaris 1986 ; Wright, St. Peters et Huston 1990) la majorité de l'écoute d'émissions d'intérêt général se fait avec les parents, pour plusieurs enfants d'âge préscolaire. Cependant, lorsqu'il s'agit d'émissions pour enfants, seulement 25 % de l'écoute se fait avec les parents (St. Peters et al., 1989 ; Wright et al., 1990).

Il est important de noter que l'écoute en commun serait, selon certains auteurs, plus fréquente dans les familles où les parents croient plus fermement au pouvoir de la télévision d'influencer les enfants. Cependant, c'est surtout lorsque les habitudes d'écoute et les goûts des parents et des enfants sont similaires que l'on constate plus d'écoute en commun (Dorr, Kovaric et Doubleday, 1989 ; McDonald, 1986).

Wright et al. (1990), pour leur part, ont remarqué que l'écoute en commun diminue lorsque les enfants vieillissent. Cependant, selon Dorr (1989) qui s'appuie sur une étude de 460 enfants américains et de 372 de leurs parents, cette écoute reprend lorsqu'ils deviennent adolescents : ils sont alors plus susceptibles de regarder la télévision avec leurs parents parce que leurs préférences en matière d'émissions télévisées se rapprochent de celles des adultes.

La présence de frères et soeurs modifie les habitudes d'écoute des enfants
Selon Rubin (1986), les enfants américains écoutent surtout la télévision avec leurs frères et soeurs. En fait, les enfants de 5 à 9 ans qu'il a interviewé dans le cadre de son étude affirment qu'au moins 50 % de leur écoute se fait en compagnie d'un frère ou d'une soeur.

L'âge des frères et soeurs détermine ce que les enfants regardent. Ceux qui ont des frères et soeurs plus vieux écoutent plus souvent les animations et les comédies de situation avec leurs aînés. Les enfants qui ont des frères et soeurs plus jeunes continuent à regarder plus longtemps des émissions pour enfants et la plupart des émissions pour adultes qu'ils voient sont regardées en compagnie des parents (Wright et al., 1990).

Les familles qui connaissent des relations conflictuelles regardent plus souvent la télévision
Plusieurs chercheurs ont tenté de déterminer ce qui, au sein des familles, détermine le style d'écoute des individus. Certains rapportent que les enfants qui regardent plus souvent la télévision ont fréquemment des parents qui la regardent également beaucoup (Baron, 1985 ; Lull, 1980a). D'autres avancent que c'est l'usage médiatique des enfants qui influence celui des parents (Banks et al., 1980). Certaines recherches trouvent cependant peu de correspondance entre les habitudes d'écoute des parents et celles des enfants (Banks et Gupta, 1980 ; Chaffee, 1978 ; McLeod, Fitzpatrick, Glynn et Fallis, 1982). Cependant, on s'entend maintenant généralement pour dire qu'une foule de facteurs internes et externes, particulièrement les motivations du téléspectateur et le nombre de postes de télévision disponibles, déterminent l'écoute des enfants (Scott, 1989).

Selon certaines recherches, les enfants des familles où les parents font usage de punitions physiques, des familles aisées où il y a un manque de chaleur parentale et des familles dysfonctionnelles regardent plus souvent la télévision que les autres enfants du même âge. C'est également le cas dans les familles où il existe beaucoup de conflits parents-enfants.

Rosenblatt et Cunningham (1976) ont trouvé, en observant 64 familles américaines, que dans les foyers où il y avait plus de tension, la durée d'écoute de la télévision était plus élevée. Selon ces auteurs, les familles utiliseraient la télévision pour éviter les interactions conflictuelles, particulièrement dans les familles nombreuses où, par manque d'espace, il est moins facile de se retirer pour éviter les conflits. Pour Rosenblatt et Cunningham, la télévision aiderait donc les membres de certaines familles à co-habiter en les éloignant psychologiquement les uns des autres. De nombreuses études ont en effet démontré que la télévision peut réduire les interactions verbales à l'intérieur des familles (Atkin, Heeter et Baldwin, 1989 ; National institute of mental health, 1982).

Les familles tournées vers les concepts ou vers le social : une nouvelle façon d'étudier les relations familiales
Certains chercheurs proposent des modèles pour l'étude de la famille et de la télévision qui tentent de regrouper l'ensemble des considérations précédemment citées. C'est le cas du chercheur américain Lull (1989, 1988, 1990) qui suggère une approche prometteuse pour la recherche. Il catégorise les familles selon leur style d'interaction général : les groupes familiaux sont soit tournés vers les « concepts » (concept-oriented families) ou vers le « social » (socio-oriented families). Les familles tournées vers les « concepts » privilégient l'expression de points de vue personnels sur des sujets de discussion et ne découragent pas les désaccords et les débats. Les familles tournées vers le « social » privilégient l'harmonie sociale et exigent des enfants qu'ils répriment les idées qui pourraient causer des frictions interpersonnelles.

Une étude que le chercheur américain Lull (1980a) a menée auprès de 352 membres de familles américaines a permi de constater que les familles tournées vers les « concepts » regardent moins fréquemment la télévision et sont plus sélectives dans leurs choix d'émissions que les familles tournées vers le « social ». De plus, elles apprécient moins la télévision comme loisir familial (Il est à noter que les familles tournées vers les concepts sont généralement plus favorisées que les familles tournées vers le social).

Les membres des familles tournées vers les « concepts » se disent plus attentifs aux besoins des autres en matière de sélection des émissions. Fry et McCain (1980) ont en effet constaté, grâce à leurs entrevues téléphoniques de 337 parents, que ceux qui sont à la tête de familles tournées vers les « concepts » discutent plus fréquemment du contenu des émissions avec leurs enfants.

Les familles tournées vers les « concepts » utilisent plus souvent la télévision pour renforcer des valeurs familiales et pour réglementer les expériences des enfants (Lull, 1980a). En effet, les mères de familles tournées vers les « concepts » tendent à discuter avec leurs enfants des questions morales soulevées par les émissions télévisées. Elles se servent plus souvent de la télévision pour leur donner des informations de nature historique, géographique et scientifique ayant rapport avec l'émission en cours. Ces mêmes mères expliquent plus fréquemment à leurs enfants que le contenu présenté à la télévision n'est pas toujours conforme à la réalité.

Les mères de familles tournées vers le « social » auraient plus tendance à dire à leurs enfants que certains événements présentés à la télévision se rapprochent de la réalité, plus particulièrement les représentations de choses malheureuses et mauvaises (Messaris et al., 1983b). Les membres de familles orientées vers le « social » rapportent utiliser la télévision comme modèle pour leurs relations sociales. Les familles tournées vers le « social » croient que la télévision peut servir à améliorer les communications interpersonnelles au foyer. Elles sont aussi plus portées à se servir de la télévision pour amorcer une conversation. Lull (1982) a découvert, en observant 93 familles américaines, que les familles tournées vers le « social », bien qu'elles privilégient l'harmonie sociale, se disputent plus souvent au sujet du choix des émissions et sont moins attentives aux besoins des autres dans le choix d'une émission (voir figure 7).

Figure 7
Tableau synoptique

Familles tournées vers les « concepts » Familles tournées vers le « social »
privilégient l'expression de points de vue personnels privilégient l'harmonie sociale
plutôt favorisées plutôt défavorisées
regardent moins fréquemment la télévision regardent plus fréquemment la télévision
sont plus sélectives dans leur écoute de la télévision sont moins sélectives dans leur écoute de la télévision
apprécient moins la télévision comme loisir familial apprécient plus la télévision comme loisir familial
discutent plus souvent du contenu des émissions avec leurs enfants discutent moins souvent du contenu des émissions avec leurs enfants
se disputent moins souvent au sujet du choix des émissions se disputent plus souvent au sujet du choix des émissions
les mères tendent à dire à leurs enfants que les contenus de la télévision ne sont pas toujours conformes à la réalité les mères tendent à dire à leurs enfants que les contenus négatifs de la télévision se rapprochent de la réalité
ne croient pas que la télévision peut améliorer les interactions au foyer croient que la télévision peut améliorer les interactions au foyer
tendent à se servir de la télévision pour transmettre les valeurs familiales, réglementer les expériences des enfants et inciter à la discussion des idées proposées tendent à se servir de la télévision pour amorcer une conversation, comme modèle pour leurs relations sociales


En résumé...
Selon Lull, les familles de la classe défavorisée, tournées vers le social et celles qui connaissent de nombreux conflits regardent donc en général plus souvent la télévision que les familles de la classe moyenne, tournées vers les concepts et où les conflits sont moins fréquents. Ces dernières, de plus, sont plus sélectives dans leur écoute. La quantité et la qualité des interactions autour de la télévision varient selon les familles mais de nombreuses études ont démontré que la télévision réduit les échanges verbaux entre les membres du foyer. Nous tenons à spécifier qu'il ne s'agit pas ici d'absolus mais plutôt de tendances, de questions de recherche intéressantes.

2.4. Règlements familiaux

L'écoute de la télévision est régie par une série de règles implicites, propres à chaque famille
Il semble y avoir un consensus dans les recherches à l'effet que les parents exercent relativement peu de contrôle sur les émissions que leurs enfants regardent (Bryce et Jensen Leichter, 1983 ; Fry et al., 1980 ; Wright et al., 1990).

Cependant, certaines recherches suggèrent qu'en fait, les familles ont des routines d'écoute régies par des règles précises mais implicites, ce qui implique qu'il y ait peu de discussions dans la plupart des foyers. Le contrôle serait subtil, presque indiscernable et donc difficile à étudier (Lull, 1982 ; McLeod et al., 1982).

C'est par le biais de son système de règles implicites ou explicites, de ses valeurs et de ses relations sociales que la famille peut jouer un rôle important dans la détermination de l'apprentissage que l'enfant tirera de la télévision. Elle intègre donc l'usage de la télévision à son système complexe de lois (Bryce, 1986 ; Messaris, 1983a).

Les règlements imposés et l'écoute des enfants varient en fonction de l'attitude des parents envers la télévision
Wright et al. (1990) affirment que les parents américains se sentent plus concernés par le contenu des émissions que par le nombre d'heures que leurs enfants consacrent à la télévision. Selon les chercheurs australiens Holman et Braithwaite (1982) qui ont mené une étude auprès de 282 parents d'enfants de 3 à 6 ans, les enfants de parents qui exercent moins de contrôle sur l'écoute de la télévision et qui sont moins concernés par ses possibles effets négatifs regardent plus fréquemment la télévision. Des chercheurs américains en arrivent aux mêmes conclusions (Wright et al., 1990). Ils constatent de plus que les enfants dont les parents n'encouragent ni ne restreignent l'écoute de la télévision sont ceux qui écoutent le plus d'émissions pour adultes. Selon Scott (1989), les parents qui réglementent plus strictement l'écoute télévisuelle de leurs enfants tendent à percevoir la télévision de façon plus négative. Ceux-ci disent par contre passer plus de temps à discuter avec les enfants des émissions écoutées en commun que ceux qui imposent peu de restrictions à leur écoute.

Dans les familles où il y a une seule télévision, les parents contrôlent plus sévèrement l'écoute télévisuelle des enfants que dans les familles où il y a deux postes de télévision ou plus. En général, plus les enfants sont nombreux au foyer et plus ils sont jeunes, plus les parents sont portés à imposer des règles régissant l'écoute de la télévision (Fry et al., 1980).

Les parents utilisent diverses méthodes pour réglementer l'écoute de leurs enfants
Les parents utilisent plusieurs méthodes pour réglementer l'écoute de leurs enfants. Certains se servent de la télévision comme une récompense ou punissent leurs enfants en les empêchant de la regarder (Desmond, Singer, Singer, Calam et Colimore, 1985 ; Fry et al., 1980). Plusieurs tentent de limiter le nombre d'heures d'écoute de télévision de leurs enfants. D'autres ne leur permettent de regarder la télévision que s'ils s'acquittent d'abord de certaines tâches domestiques ou scolaires. Quelques parents se disputent avec leurs enfants, ce qui ne semble pas très efficace. D'autres encore choisissent de restreindre l'accès au poste de télévision.

Les nouvelles technologies rendent plus difficile la réglementation de l'écoute des enfants
La réglementation de l'écoute des enfants est plus difficile aujourd'hui qu'aux débuts de la télévision, pendant les années cinquante. Autrefois, les heures de diffusion ainsi que le nombre de canaux étaient limités. Aujourd'hui, le câble et les magnétoscopes permettent aux téléspectateurs d'avoir accès à une plus grande variété d'émissions. Selon une étude de Lin (1988) menée auprès de 93 familles américaines, plusieurs parents doivent maintenant établir des règles en ce qui concerne l'utilisation des magnétoscopes. Les télécommandes, de plus en plus courantes, permettent aux enfants de changer de chaîne plus facilement et plus rapidement, leur donnant ainsi plus de contrôle sur la télévision mais compliquant du même coup la tâche des parents qui essaient de contrôler l'écoute de leurs enfants. De nouvelles stratégies doivent être envisagées.

En résumé...
Plusieurs chercheurs s'entendent donc pour dire que les parents exercent peu de contrôle sur l'écoute de leurs enfants. En fait, les règlements qu'ils imposent à ce sujet sont souvent implicites. Les parents qui réglementent l'écoute de leurs enfants semblent réussir à réduire le nombre d'heures que leurs enfants consacrent à la télévision. Ils ont cependant moins tendance à regarder la télévision avec leurs enfants.


Source : « La famille et la télévision », Groupe de recherche sur les jeunes et les médias, 1992.

 

Table des matières

La famille et la télévision

1. Introduction

2. Modalités d'écoute

3. Contenus écoutés

4. Influences réciproques

5. Conclusion

Bibliographie

 
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