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Influences réciproques : comment la famille et la télévision s'influencent mutuellement

Plusieurs chercheurs ont étudié les effets possibles de la télévision sur les individus. Quelques-uns se sont intéressé à la façon dont le petit écran peut influencer la vie familiale. Comment se fait le choix des émissions en famille, comment la télévision influence-t-elle les interactions entre les membres d'une même famille ? Nous tenterons d'apporter des éléments de réponse à ces questions dans les pages qui suivent. La recherche a quelque peu négligé, jusqu'à tout récemment, d'étudier les moyens que les familles utilisent ou peuvent utiliser pour contrer ou amplifier l'influence de la télévision. Nous exposerons les travaux des chercheurs qui s'y sont intéressé dans la deuxième partie de ce chapitre.

4.1. L'influence de la télévision sur les interactions familiales

4.1.1. Le choix des émissions

Le choix d'une émission écoutée en famille : surtout l'affaire des pères
St. Peters (1989) s'appuie sur son étude de 326 enfants et de leur famille pour affirmer que ce sont surtout les parents qui choisissent les émissions lorsque les enfants et les parents regardent la télévision ensemble.

Wright et al. (1990) confirment que les préférences des parents déterminent généralement ce que la famille regarde ensemble mais affirment que ces préférences n'influencent pas particulièrement l'écoute des enfants lorsque les parents sont absents.

D'autres études indiquent plus spécifiquement que les pères jouent un rôle important dans le choix des émissions. Dans le cadre d'une étude américaine sur les interactions familiales à propos du choix des émissions de télévision en famille, Lull (1982) a déterminé que les pères sont nommés le plus fréquemment lorsqu'on demande à la famille qui décide le plus souvent des émissions regardées ensemble. Les pères, par contre, nomment plus souvent les mères.

Les observations dans les foyers menées dans le cadre de cette étude confirment toutefois que ce sont généralement les pères qui ont le contrôle de la télévision (deux fois plus que les mères). Dans 90 % des cas, ils allumaient la télévision ou changeaient de poste sans consulter les autres membres de la famille. Les enfants venaient au deuxième rang pour le contrôle de la télévision et agissaient souvent aussi sans consultation. Les mères avaient beaucoup moins souvent le contrôle de la télévision : elle ne l'exerçaient que dans 15 % des cas. Toutefois, lorsqu'elles avaient le contrôle, 80 % d'entres elles ne consultaient pas non plus les autres membres de la famille.

De façon générale, les trois quarts des changements de chaîne étaient faits par un seul individu et la majorité de ces changements étaient faits sans négociation. Les enfants se déclaraient plus susceptibles que les parents de regarder une émission qu'ils n'avaient pas sélectionnée et se disputaient plus souvent entre eux à propos des émissions qu'ils voulaient voir. Ils se disaient moins satisfaits que leurs parents de la façon dont la famille décidait des émissions à regarder mais, par contre, appréciaient plus la télévision que leurs parents.

En somme, les chercheurs s'entendent en général pour affirmer que le sexe masculin l'emporte sur le sexe féminin, les enfants plus âgés sur les plus jeunes et les parents sur les enfants lorsqu'il s'agit du choix des émissions.

Le choix et l'écoute d'un film du club vidéo : une activité familiale
Le chercheur britannique Morley (1986) affirme que, comme pour la télévision, ce sont surtout les hommes qui ont le contrôle du magnétoscope. Cependant, lorsqu'interrogées, les familles déclarent qu'elles choisissent généralement ensemble les films qu'elles désirent louer. Les choix sont ensuite dévolus (par ordre d'importance) : au père seul, à la mère et aux enfants. Tous sont d'accord pour dire que les enfants jouent un rôle dans la sélection du film. Plus il y a d'enfants dans la famille, plus ils ont d'influence dans le choix des films. Plus l'enfant est jeune, moins son opinion a de poids (Kim, 1988).

Au Québec, dans une recherche menée par Caron et al. (1990), 25 % des enfants disaient choisir eux-mêmes le film loué au club vidéo. Un autre 25 % affirmait l'avoir choisi avec les parents. La réponse « avec les amis » venait en troisième position avec une moyenne de 20 % alors que 12 % des enfants avaient répondu « avec les frères et les soeurs » et 18 %, « tous ensemble ». En ce qui a trait à l'écoute, 45 % des enfants affirmaient avoir regardé ce film « tous ensemble », 26 % disaient l'avoir vu « avec les amis et les frères et soeurs », 12 % l'avaient regardé « avec les frères et soeurs » et 10 %, « avec les parents ». Seulement 7 % l'avaient regardé seuls.

4.1.2. Les interactions familiales et la télévision

Pendant l'écoute en commun, les membres de la famille adoptent les mêmes rôles que dans la vie familiale en général
Pour Lull (1990), les rôles que jouent les membres de la famille dans leurs interactions autour de la télévision reflètent ceux qu'ils adoptent dans la vie familiale en général. Dans les familles plus traditionnelles, la mère s'occupe des enfants et le père se consacre aux aspects « technologiques » (opération du magnétoscope, contrôle de la télécommande, etc.).

Autour de la télévision, les mères sont en général plus portées à diriger les interactions familiales et à à se servir de la télévision pour enseigner à leurs enfants. Les pères, lorsqu'ils regardent la télévision avec leur conjointe et leurs enfants, se concentrent souvent plus intensivement sur la télévision ou prennent le rôle de compagnon de jeu avec les enfants, abandonnant le rôle de parent à la mère (Brody et al., 1980 ; Stoneman et al., 1982a ; Stoneman et Brody, 1982b).

Les interactions dépendent également de l'état psychologique du groupe familial. Elles se font plus rares si les membres de la famille sont fatigués et plus fréquentes s'ils sont alertes.

L'utilisation de la télévision varie selon les familles
Quelques chercheurs ont étudié les interactions naturelles des familles autour de la télévision (Alexander et al., 1984 ; Lull, 1980b). Ils affirment que les familles développent des habitudes d'interaction autour de la télévision qui sont assez stables. Selon Lull et d'autres chercheurs (Bryce, 1986), la télévision peut être utilisée d'une infinité de façons au sein de la famille. Elle peut, par exemple, affecter l'ambiance familiale en procurant un bruit de fond, en assurant une présence constante.

Ainsi, dans certains foyers, la télévision est constamment allumée et les membres de la famille y jettent des coup d'oeils furtifs en faisant d'autres activités. Ils l'utilisent pour rendre les tâches journalières moins pénibles. Les enfants jouent ou font leurs devoirs, les adultes lisent, s'acquittent des tâches ménagères, bricolent, etc. (Brody et al., 1983 ; Kubey et al., 1990a). Anderson et al. (1986b) estiment qu'un tiers du temps que les enfants d'âge scolaire passent devant la télévision est consacré en même temps à une autre activité (Anderson, Lorch, Field, Collins et Nathan, 1986b). Moins les membres de la famille sont intéressés à l'émission, plus ils se vouent à de telles activités (Brody et al., 1983). Par contre, certaines familles planifient leur écoute et portent une très grande attention visuelle à l'écran.

La télévision influence souvent de façon implicite les routines quotidiennes des membres de la famille (l'heure des repas, du coucher, les périodes de détente, le lieu du centre de la vie familiale, etc.) (Lull 1990). Compte tenu que la télévision est effectivement intégrée à la vie familiale, il convient de se demander quels sont les aspects défavorables et favorables de la présence de la télévision dans le quotidien familial.

Aspects défavorables

La télévision : une source de conflits et un facteur d'inhibition des interactions familiales
Comme nous l'avons mentionné précédemment, les premières recherches sur la télévision et la famille rapportaient très peu d'interactions entre les membres de la famille lorsqu'ils regardaient la télévision. Les études percevaient donc souvent la télévision de façon négative. Certains déplorent encore l'influence néfaste qu'elle semble exercer sur la famille, l'éducation et la culture. On l'accuse, entre autres, de perturber les relations sociales, quoiqu'elle peut aussi jouer un rôle positif, comme nous le verrons plus loin (Tremblay, 1982). La télévision serait donc, selon certains, une source de conflits (Stoneman et Brody, 1982c).

Même dans les familles où il y a plusieurs postes de télévision, le choix des émissions peut devenir conflictuel. Il y a souvent un poste meilleur que les autres et la compétition est forte pour en obtenir le contrôle. L'opération des télécommandes (car il y en a maintenant souvent deux : une pour le magnétoscope et une pour la télévision) devient elle aussi une cause de débats dans les familles (Lull, 1990).

Le chercheur britannique Gunter (1987) rapporte que, pour plusieurs auteurs, la télévision serait une source de conflits dans les foyers car elle entretiendrait des valeurs contraires aux intérêts du groupe familial.

D'après une grande partie des recherches américaines, peu de parents médiatisent activement l'écoute télévisuelle de leurs enfants, malgré l'efficacité prouvée de cette méthode (Atkin et al., 1989 ; National Institute of Mental Health, 1982).

Greenberg, Abelman et Cohen (1990) ont démontré que, même lorsque l'on informait les parents que la télévision pouvait avoir des effets négatifs sur les enfants et qu'on leur montrait des façons efficaces de médiatiser les contenus télévisuels, la majorité des parents n'augmentaient pas de façon significative leur participation à l'écoute télévisuelle de leurs enfants. Pourtant, selon une étude exploratoire de Meunier (1991) auprès d'un nombre limité de familles québécoises, « Les enfants aiment regarder la télévision en compagnie de leurs parents et déplorent que ceux-ci ne le fassent pas plus souvent ».

Aspects favorables

Les chercheurs tendent aujourd'hui à analyser le phénomène de la télévision dans la famille de façon plus nuancée. L'argument qui fait état que la télévision monopolise le temps de la famille, qu'elle nuit ainsi aux interactions familiales et empêche ses membres de développer leur créativité et leur réseau de relations humaines et sociales trouve bien des détracteurs. Selon Tremblay (1982), ces affirmations reposent sur des bases fragiles ; les modes de vies antérieurs à l'avènement de la télévision sont idéalisés. D'autres activités ont été créées pour favoriser l'échange et pour compenser pour cette plus grande sédentarité.

L'écoute de la télévision s'harmonise avec les interactions familiales
Plusieurs recherches ont déterminé que la télévision est au coeur des activités familiales aux États-Unis (Lull, 1980a ; Lull, 1980b), en Australie (Palmer, 1986) et en Grande-Bretagne (Collett et Lamb, 1986b ; Silverstone, 1985). Ces études ont déterminé que les interactions des familles autour de la télévision dépassaient largement le cadre de l'écoute.

Selon une recherche française (Boyer, 1977), la télévision permettrait, quoique de façon détournée, de renforcer les relations familiales, facilitant ainsi les échanges entre les membres d'une famille.

Dans une étude suédoise, Johnsson-Smaragdi (1983) a en effet trouvé que, chez les enfants de plus de 11 ans, la télévision pouvait stimuler les interactions avec les parents et même les encourager à faire d'autres activités avec leurs parents.

Une étude de Kubey (1990b), menée auprès de 583 américains de 10 à 63 ans, confirme que la télévision s'harmonise avec la vie familiale. Selon lui, les adolescents qui passent beaucoup de temps devant la télévision réservent en général plus de temps à leur famille et semblent mieux apprécier la vie familiale que ceux qui la regardent peu. Kubey en conclut que l'écoute en commun de la télévision est un moyen facilement accessible pour raffermir et encourager la solidarité familiale.

Toujours selon Kubey (1990b), les téléspectateurs rapportent en général que l'écoute en famille est une expérience plus agréable que l'écoute solitaire. L'écoute en commun serait une activité beaucoup plus sociale, joyeuse et stimulante. Elle serait aussi plus exigeante parce que les interactions familiales et les activités secondaires qui les accompagnent créent une situation dans laquelle il peut être plus difficile de suivre une émission attentivement.

Brody, Stoneman et Sanders (1980) ont observé 27 enfants américains de 3 à 5 ans en interaction avec leurs deux parents dans un contexte de laboratoire et ont constaté que les enfants et les parents se touchaient plus souvent en écoutant la télévision qu'en jouant ensemble. Les échanges verbaux, par contre, diminuaient lorsque la télévision était allumée. Kubey (1990b) a découvert, dans le cadre d'une étude, que les familles se parlent pendant 20 % du temps qu'elles regardent la télévision ensemble et pendant 33 % du temps consacré à d'autres activités familiales. Il confirme donc les résultats précédents, à savoir que les interactions verbales sont moins nombreuses durant l'écoute de la télévision mais que les contacts physiques sont plus fréquents.

Pour Rubin et Bantz (1987), le magnétoscope semble aussi encourager les relations interpersonnelles : l'écoute d'une vidéocassette sert de prétexte à de nombreuses réceptions, les propriétaires s'échangent des cassettes enregistrées de la télévision et ils regardent les films loués au centre vidéo avec leurs enfants.

Plusieurs facteurs peuvent influencer les interactions autour de la télévision
Selon Stoneman et Brody (1982a), les interactions familiales autour de la télévision diffèrent selon l'émission écoutée. Les enfants structurent les interactions lorsque la famille écoute une émission ensemble : quand ils ne sont pas intéressés à l'émission, les échanges parents-enfants deviennent plus fréquents; quand, au contraire, l'émission les intéresse, les interactions se font plus rares. Les mères sont attentives aux demandes de leurs enfants, indifféremment de l'intérêt qu'elles portent à l'émission en cours. Par contre, le degré d'attention des pères et des enfants aux autres membres de la famille est inversement proportionnel à l'intérêt qu'ils ont pour l'émission (Brody et Stoneman, 1983 ; Stoneman et Brody, 1982a).

Les interactions familiales autour de la télévision varient en fonction d'une foule d'autres facteurs. Ceux-ci peuvent être de nature personnelle (intérêt pour l'émission, état émotif, etc.) ou contextuelle (l'environnement physique dans lequel la télévision est écoutée, les personnes présentes, l'émission regardée, etc.) (Brody et al., 1983 ; Kubey et Csikszentmihalyi, 1990a).

La télévision : un sujet de conversation
La plupart des 113 familles américaines d'une étude de Messaris (1983a) parlaient de la télévision pendant ou après l'écoute. Environ 70 % des parents français affirment que leurs enfants leur parlent de ce qu'ils ont vu à la télévision (Tremblay, 1982). Lorsqu'interviewées, la plupart des mères d'une étude de McLeod (1982) disaient recourir fréquemment à des commentaires interprétatifs ou appréciatifs lorsqu'elles écoutent la télévision avec leurs enfants. Plus les enfants sont jeunes, plus les parents discutent avec eux du contenu des émissions.

Dans le cadre d'interactions sociales, la télévision peut servir à faciliter les communications à l'intérieur de la famille en fournissant des sujets de conversation ou des points de référence et de comparaison dans les interactions. Ce type d'échange impliquant la télévision survient surtout hors des situations d'écoute (Lull, 1990). Ainsi, la télévision peut influencer la famille même hors du foyer et du contexte d'écoute (Anderson, 1986a ; Bryce et al., 1983).

En résumé...
La télévision ne fait donc pas qu'encourager les relations interpersonnelles : elle peut devenir partie intégrante des interactions. Dans un contexte d'écoute, la télévision peut meubler les temps morts désagréables d'une conversation maladroite en fournissant des sujets de discussion généralement peu compromettants ou tout simplement un endroit où poser le regard. Parfois, pourtant, la télévision peut servir de base à des discussions plus poussées sur des sujets plus controversés. Bien sûr, l'influence de la télévision varie selon les familles. Les membres de la famille peuvent l'utiliser pour entrer en contact avec les autres ou, au contraire, pour éviter les interactions. En regardant la télévision, les familles partagent un espace commun, se parlent et établissent parfois un contact physique. « Le contexte de visionnement devient au moins aussi important que le contenu télévisuel en lui-même » (Meunier, 1991). La télévision est en quelque sorte leur point de rencontre. Les parents utilisent parfois la télévision pour montrer à leurs enfants des modèles de socialisation qui sont en accord avec leurs valeurs. Cela se fait par le biais d'encouragement ou de dissuasion à regarder l'émission, par l'évaluation informelle des personnages et par des discussions tout aussi informelles sur les actions de ces mêmes personnages.

La télévision peut permettre aux membres de la famille d'étaler leurs connaissances dans des domaines relatifs au contenu des émissions et ainsi d'établir ou de renforcer un pouvoir personnel. Ainsi, les téléspectateurs montrent aux autres membres de la famille leurs plus grandes compétences ou leur sens critique supérieur en commentant et en évaluant les contenus télévisuels. Les enfants plus âgés démontrent aux plus jeunes leur meilleure compréhension de la télévision. La télévision peut aussi être utilisée comme une punition ou une récompense, confirmant ainsi l'autorité de la personne qui réglemente l'écoute.

4.2. La contre-influence des interactions familiales

4.2.1. Les interactions parents-enfants

L'expérience télévisuelle de l'enfant ne peut être étudiée sans considérer les aspects sociaux qui entourent cette expérience (Meunier, 1991). L'écoute en commun de la télévision n'est pas en elle-même suffisante pour créer des conséquences positives à l'écoute de la télévision (Dorr et al., 1989). En effet, elle peut être bénéfique entre autres dans la mesure où elle permet aux parents de médiatiser les contenus visuels auxquels sont exposés leurs enfants. Michelle St. Peters (1989) va plus loin : elle trouve peu de conséquences positives à l'écoute de la télévision en famille puisque l'écoute en famille n'est pas utilisée par les parents pour fournir aux enfants des informations supplémentaires ou interagir de façon bénéfique. Françoise Dolto (dans Capin, 1980), psychanalyste française, recommande aux parents de parler avec leurs enfants après l'écoute des émissions télévisées. Selon elle, il est inutile de leur interdire de regarder la télévision. Il faut plutôt chercher à éveiller en eux un esprit critique.

La médiation : une arme puissante contre les possibles effets nocifs des contenus télévisuels
Selon une étude de Stoneman et Brody (1982b) menée auprès de 13 familles composées chacune de 4 membres, les parents peuvent amplifier les effets positifs et tempérer les effets négatifs de la télévision chez les enfants. Leur connaissance du monde leur permet de renforcer certaines valeurs, de maximiser l'apprentissage pouvant être tiré de la télévision et d'influencer les idées des enfants sur certains comportements. Leur plus vaste expérience de la télévision leur permet d'aider les enfants à mieux la comprendre. Bien sûr, cette influence reste plus limitée si les parents n'ont pas conscience de leur rôle et s'ils n'ont pas la volonté d'en profiter (St. Peters et al., 1989).

Selon les chercheurs américains Messaris et Sarrett (1981), les médiations parentales des contenus télévisuels auxquels sont exposés les enfants peuvent engendrer plusieurs types de conséquence, par exemple une meilleure compréhension des contenus télévisés et du degré de réalisme des émissions et l'acquisition de connaissances.

Une meilleure compréhension du contenu des émissions télévisées et des annonces publicitaires et un meilleur jugement sur la validité des modèles présentés

Desmond (1985) va jusqu'à affirmer que les styles d'interaction à l'intérieur des familles sont aussi déterminants que le quotient intellectuel et que certaines autres habiletés cognitives et imaginatives dans la capacité des enfants à comprendre les contenus de la télévision.

De plus, la médiation des parents peut réduire la peur des enfants et leur faire apprécier l'humour d'une l'émission (Desmond et al., 1985 ; Messaris et al., 1981 ; Reid et Frazer, 1980).

Collins (1981a), grâce à son étude de 47 enfants américains de 7 et 8 ans, constate que les commentaires des adultes sur les relations et les informations implicites dans les émissions aident les enfants à mieux les comprendre et à induire eux aussi d'autres relations implicites par la suite. L'existence de règlements à propos de la télévision, une relation positive mère-enfant et l'habitude des parents d'expliquer les contenus télévisuels sont associés à une meilleure compréhension des relations cause à effet dans les scénarios des émissions.

Ces mêmes facteurs semblent également rendre les enfants plus aptes à distinguer la réalité de la fiction, à la télévision comme dans le monde en général (Desmond et al., 1985 ; McLeod et al., 1982 ; Messaris et al., 1981). La façon dont les enfants d'âge préscolaire comprennent la télévision et leurs croyances concernant la réalité de ce médium sont fortement reliées à la médiation parentale de la télévision et aux mesures disciplinaires accrues de la part des parents (Desmond et al., 1985 ; Singer, Singer et Rapaczynski, 1984). Les interactions parents-enfants ont plus d'influence sur les perceptions que les enfants ont du réalisme des émissions télévisées par rapport à leur environnement immédiat que tous les autres facteurs tels que le statut socio-économique et le milieu scolaire (Austin, Roberts et Nass, 1990 ; Messaris et al., 1981). Ce n'est qu'en l'absence d'informations pertinentes de la vie réelle que les enfants tendent à se fier davantage aux médias (Austin et al., 1990 ; Messaris et al., 1981).

L'acquisition de connaissances
Selon Messaris (1983b), les membres de la famille peuvent apprendre les uns des autres grâce aux interactions de type informatif autour de la télévision. Plusieurs considèrent que les commentaires de nature informative des parents dans un contexte d'écoute augmentent le potentiel éducatif des émissions pour enfants (Kerr et al., 1982 ; Messaris et al., 1983b). En tant que participants à l'écoute télévisuelle de leurs enfants, les parents peuvent renforcer l'apprentissage qu'ils tirent de programmes éducatifs, tels Sesame Street. En effet, des chercheurs ont découvert que l'écoute en commun avec les parents peut stimuler l'acquisition d'habiletés verbales chez les enfants (St. Peters et al., 1989).

Des parents qui encouragent les enfants à poser des questions autour de la télévision les incitent à chercher ailleurs (livres, journaux, etc.) des informations supplémentaires (Kerr et al., 1982 ; Messaris et al., 1983b).

On constate que dans les familles où les parents ont très peu d'éducation formelle, les enfants tendent à poser moins de questions autour de la télévision (Kerr, Weisner et Jorgenson, 1982 ; Messaris et Kerr, 1983b).

Le rôle des parents pour temporiser l'influence de la télévision sur le comportement des enfants
L'intervention des parents semble particulièrement efficace pour contrer certains des effets négatifs de la télévision. Une des plus importantes fonctions de la médiation familiale serait de stimuler l'effort mental des enfants lorsqu'ils écoutent la télévision (Desmond et al., 1985). Dans les familles où les enfants regardent beaucoup la télévision et où leur écoute n'est pas médiatisée par les parents, la télévision peut renforcer les comportements agressifs. Les parents peuvent cependant, par le biais d'actions disciplinaires, d'explications des contenus télévisuels, d'histoires et de bien d'autres formes d'interaction, combattre les images agressives de la télévision en les remplaçant par d'autres modèles, plus adaptés aux valeurs familiales (Desmond, Singer et Singer, 1990).

Messaris avance que les enfants n'imiteraient pas les modèles à la télévision à moins que les parents les aient encouragés par le passé à manifester le type de comportement présenté par ces modèles. Ainsi, l'intervention parentale serait un incitatif important pour l'imitation des modèles télévisés. Plusieurs recherches psychologiques semblent, selon lui, appuyer cette constatation : elles affirment que les enfants ne peuvent apprendre de nouveaux comportements que si leur environnement (parents, frères et soeurs, amis, école,...) renforce activement ces comportements. Ce que l'enfant retirerait de la télévision dépendrait donc de la relation plus large entre le média, l'enfant et les parents (Messaris, 1986).

La façon dont les parents médiatisent les contenus télévisuels
Parfois, les parents commentent les émissions, répondent à des questions sur le réalisme d'une situation ou expliquent les différences entre les catégories de programmes (documentaires, feuilletons, etc.) (Collins et Westby, 1981b). Ils doivent aider leurs enfants à comprendre le type de relation que chaque genre d'émission entretient avec la réalité et la relation de la télévision en général avec la vie réelle, particulièrement avec la vie familiale.

Les explications des parents concernent souvent les conventions narratives associées à la télévision (séquences de « rêve », retours dans le passé, etc.). Ils fournissent également des informations supplémentaires pour faciliter la compréhension des données diffusées à la télévision, pour les mettre en perspective et émettre des commentaires appréciatifs sur les informations (Collins et al., 1981b ; Messaris et al., 1981). Les enfants ont tendance à comparer ce qu'ils voient à la télévision avec ce qui se passe dans leur propre famille.

Les parents émettent deux fois plus de commentaires négatifs que positifs au sujet des émissions diffusées en soirée, sauf pour les comédies de situation centrées sur la famille où la tendance est inverse (Mohr, 1979). Selon une étude de Stoneman et Brody (1982a) auprès de 40 mères américaines avec leurs enfants, c'est surtout pendant les émissions à caractère éducatif que les mères amorcent des interactions avec leurs enfants.

Lemish et Rice (1986) ont observé des interactions entre des enfants de 6 à 29 mois et leurs mère pendant qu'ils écoutaient ensemble la télévision. Ils ont découvert que leurs interactions concernaient surtout certains aspects du langage comme l'identification de certains objets et la répétition de mots nouveaux. Les mères posaient également des questions sur le contenu de l'émission en cours et le reliaient aux expériences vécues par l'enfant. Les interactions verbales étaient particulièrement fréquentes lorsque l'émission était adaptée à l'âge de l'enfant (pendant Sesame Street, par exemple).

4.2.2. Les interactions entre frères et soeurs

La présence des frères et soeurs peut exercer une influence sur ce que les enfants retirent de la télévision
L'écoute avec les frères et les soeurs est, elle aussi, un facteur important dans l'écoute en commun de la télévision, non seulement parce qu'elle est fréquente mais aussi parce qu'elle exerce une grande influence sur la relation que les enfants entretiennent avec la télévision.

Une étude de Alexander et al. (1984) menée auprès de 51 enfants américains nous apprend que 40 % des interactions verbales entre frères et soeurs autour de la télévision concernent ce médium ; 60 % de ces échanges seraient de nature interprétative, les aînés interprétant les émissions pour les plus jeunes. Ce sont également les enfants plus âgés qui portent des jugements sur le contenu des émissions. Les plus jeunes tendent à adhérer à l'opinion de leurs grands frères ou de leurs grandes soeurs. C'est un phénomène qui se manifeste aussi en présence de pairs et qui peut être exploité dans le cadre de campagnes publicitaires sociétales destinées aux enfants. Les benjamins interrogent leurs aînés sur l'identité des personnages, sur les effets spéciaux et sur les conventions narratives.

Les enfants échangent leurs impressions sur le contenu des émissions et essaient de comprendre les effets spéciaux en se questionnant les uns les autres. Ils s'interrogent, émettent leurs opinions et contestent parfois les idées des autres. Les interactions entre frères et soeurs autour de la télévision créent donc un climat propice à l'apprentissage et aident les enfants à mieux comprendre le monde de la télévision (Alexander, Ryan et Munoz, 1984 ; Messaris et al., 1983b).

Haefner (1986) a observé 84 frères et soeurs américains (moyenne d'âge = 8 ans). Selon ses résultats, les enfants ne sont pas influencés par leurs frères et soeurs dans leur interprétation des composantes essentielles du contenu des émissions mais, par contre, ils basent souvent leur évaluation des personnages sur l'opinion de frères ou soeurs ayant de 3 à 6 ans de plus qu'eux. Les commentaires des aînés à propos de la télévision à leurs frères ou soeurs plus jeunes sont de nature appréciative, informative (expliquer un mot, nommer un personnage, etc.) ou interprétative.

L'écoute en compagnie des frères et soeurs influence donc le type d'émission que les enfants regardent et ce qu'ils en retirent. Il faut alors considérer la composition familiale dans son ensemble : l'enfant unique n'aura pas une expérience équivalente, bien qu'il ait regardé la même émission que son camarade de classe d'une famille nombreuse.

En résumé...
La télévision influence les interactions entre les membres de la famille mais l'écoute en commun n'est pas suffisante pour que les enfants exploitent au maximum ce que la télévision peut leur offrir. Il faut que les parents médiatisent le contenu des émissions, c'est à dire qu'ils l'interprètent, y ajoutent des informations supplémentaires, en discutent, etc. La médiation est particulièrement efficace pour contrer les effets négatifs possibles de la télévision et pour aider les enfants à comprendre les contenus télévisuels. Malheureusement, peu de parents médiatisent l'écoute de leurs enfants.


Source : « La famille et la télévision », Groupe de recherche sur les jeunes et les médias, 1992.

 

Table des matières

La famille et la télévision

1. Introduction

2. Modalités d'écoute

3. Contenus écoutés

4. Influences réciproques

5. Conclusion

Bibliographie

 
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