Rédacteurs : Shawn Doherty et Nadine Joseph
Éditrice : Vicky Rideout
La télévision est encore en noir et blanc en ce qui a trait à la représentation des minorités. Une étude récente a démontré que le nombre de Latino-Américains apparaissant aux heures de grande écoute est passé de 3 % en 1955 à seulement 1 % en 1992, même si les Latino-Américains représentent maintenant 10 % de la population américaine. Les quelques rôles disponibles n'ont pas vraiment changé depuis d'époque de Frito Bandito. « Je suis fatigué de me voir offrir des rôles de trafiquant de drogue », déplore l'acteur Tony Plana qui joue aussi souvent des rôles de dictateurs d'Amérique latine. La situation est catastrophique le samedi matin : un enfant verra une moyenne de 123 personnages, mais ne verra un Latino-Américain que de temps à autres. Un sondage de Children Now révèle que seulement 3 % des personnages pour enfants vus à la télévision sont latino-américains. « Le dossier des minorités à la télévision est désastreux », observe la présentatrice des nouvelles de la chaîne ABC, Carole Simpson.
Le nombre d'Américains de race noire vus à la télévision a augmenté considérablement, mais les heures de grande écoute sont encore le lieu d'une ségrégation systématique sur la base de la race, avec des séries où la distribution est entièrement composée soit de Noirs, soit de Blancs. « Il m'est davantage possible d'être voisin de Peter Tortorici (président de CBS Entertainment) dans la vie de tous les jours qu'à la télévision », remarque Ralph Farquhar, écrivain et producteur de race noire. Plusieurs acteurs noirs sont encore limités aux comédies. « Bizarrement, les Noirs sont largement dépeints comme des bouffons insignifiants », poursuit Farquhar. Depuis la diffusion des premières comédies ethniques, telles Amos n' Andy dans les années 50, Hollywood a constamment transformé les vrais enjeux et préoccupations des minorités en sujets humoristiques et les personnages ethniques en caricatures, ce qui incite à se demander si ces émissions combattent ou renforcent les préjugés et stéréotypes. « Il est temps de réviser la formule... avec une dose de réalisme », affirme Farquhar. Cependant, lorsqu'il a tenté de le faire avec une émission dramatique noire intitulée South Central, il s'est fait répondre que « l'émission n'était pas assez amusante ».
Mais la vie n'est pas toujours une partie de plaisir et l'image du monde véhiculée par la télévision peut influencer les enfants d'une manière que les cotes d'écoute Nielsen ne peuvent mesurer. Les enfants des minorités visibles sont les plus grands consommateurs de télévision (le sondage de Children Now révèle que 80 % des jeunes Noirs ont leur propre télévision dans leur chambre, contre 51 % des jeunes Blancs). La télévision n'arrive pas à fournir des modèles exemplaires à sa clientèle la plus fidèle. Tony Plana souligne qu'au sein de certaines communautés, le taux de décrochage des Latino-Américains a augmenté de 50 % et blâme en partie la télévision de ne pas leur offrir de modèles dont ils pourraient s'inspirer. « La télévision ne donne aucun modèle exemplaire à nos jeunes et leur laisse une impression très limitée de leur potentiel au sein de la société », dit-il. Mais la télévision laisse aussi tomber les jeunes Blancs. Peu de ce qui est diffusé les prépare à ce monde de diversité dans lequel ils grandissent. Étude après étude, il est démontré que la télévision peut être un puissant outil pour l'apprentissage de la tolérance et de la compréhension mais que, trop souvent, elle ne profite pas de cette occasion.
Les réseaux et autres diffuseurs ont procédé à quelques modifications d'importance. Le nombre de rôles de médecins, avocats, juges et chefs de police tenus par des acteurs noirs a augmenté considérablement. Plusieurs stéréotypes ont été éliminés. Mais dans la majorité des cas, rien ne les a remplacés, ce qui explique l'absence quasi complète des Latino-méricains à l'écran et, du même coup, laisse les enfants sans modèle exemplaire auxquels s'identifier les samedis matin. Fait intéressant, les réseaux qui lancent des émissions à caractère ethnique se font plus souvent critiquer que féliciter. Le président d'ABC Entertainment, Ted Harbert, qui faisait la promotion l'été dernier d'All American Girl, la première comédie asiatique, a été éberlué de constater que l'émission était abondamment critiquée pour toutes sortes de raisons : des acteurs qui n'étaient pas coréens au comportement stéréotypé de la grand-mère qui n'allait nulle part sans son pot de calmars... « Au moins, nous avons essayé », avoue-t-il. Il y a cependant place pour une amélioration. Pour cela, il faudra davantage de représentants des minorités visibles derrière la caméra en tant qu'écrivains, producteurs et réalisateurs, tout autant que sur la scène.
Source : Tiré de
Children, Values and the Entertainment Media, un rapport portant sur : « Shaping our Children's Values: The Role of the Entertainment Media ». Conférence Children Now (États-Unis, mars 1995). Rapport commandité conjointement par l'Université Stanford et le Centre pour les politiques de communication de l'UCLA. Publié par Children Now.
(Reproduit avec permission.)
Remerciements : La rédaction de ce rapport, ainsi que l'organisation de la conférence sur les enfants et les médias ont été rendus possibles grâce à l'appui et à la générosité extraordinaires de la Fondation Charles-Stewart Mott, du Fonds Miriam et Peter Haas ainsi que d'un donateur anonyme. Merci également à l'Hôpital pour enfants Lucile-Salter-Packard et à la Fondation Kaiser Family pour leur chaleureux appui. Le financement supplémentaire a été aimablement fourni par la Fondation Morrison and Forester. La Fondation Hancock et la Fondation Tribune New York ont procuré un appui pour d'autres éléments du Children and the Media Program de Children Now. À noter enfin que la Carnegie Corporation de New York a fourni une aide cruciale pour le démarrage du projet.