Présence et image des femmes dans les médias d'information destinés aux jeunes de 10 à 16 ans

Par Stéphanie Dansereau et Jeanne Maranda

Rôles de femmes à la téléDans la foulée des recommandations au chapitre Femmes et médias, issues de la 4e Conférence Internationale des Nations-Unies sur les femmes à Beijing en 1995, il a été réaffirmé qu'il fallait encourager l'expression et la participation des femmes aux médias de masse, y compris aux nouvelles technologies de l'information et faciliter leur accès aux sphères décisionnelles.

Or, pour encourager les femmes à s'impliquer dans les médias de masse, il nous est apparu important de reconnaître leur présence et image dans certains produits médiatiques destinés aux jeunes et offerts à la télévision et dans la presse jeunesse.

Nous savons, d'une part, que la télévision est le premier média consommé par notre clientèle-cible ; d'autre part, que la presse québécoise, s'adresse aux jeunes, par le biais de magazines surtout spécialisés (sports, musique, sciences). Les adolescentes, de leur côté, s'informent plus particulièrement en lisant des magazines qui leur sont destinés. Et ce sont les modèles féminins montrés ou suggérés à travers les messages télévisuels et imprimés que nous avons cherché à dégager en termes de modernité et d'actualité.

Tout en sachant que les adolescents majoritairement n'apprécient guère les émissions ou articles trop ancrés dans le réel, leur préférant la fiction sous toutes ses formes, voici les questions auxquelles nous avons voulu répondre :

  • Qu'offre-t-on aux jeunes Québécois et Québécoises, francophones et anglophones, âgés entre 10 et 16 ans, comme émissions d'information à la télévision et comme magazines d'information générale ?

  • Quelle image ou modèle féminin y est proposé ?

La récolte fut pauvre au cours de l'hiver 1997, c'est-à-dire que l'ensemble de documents sélectionnés fut limité : les produits médiatiques canadiens, destinés aux jeunes, accessibles, et à vocation informative sans domaine de spécialisation, sont peu nombreux et la langue de communication les démarque :

  • du côté français, la seule émission répondant aux critères d'accessibilité et de contenu fut Le bulletin des jeunes à R.D.I. destinée au 9-12 ans et les deux seuls magazines furent Filles d'aujourd'hui et Adorable ;

  • du côté anglais, deux émissions, YTV News et Street Cents à Newsworld pour les 13-16 ans furent retenues. Aucun magazine en langue anglaise, fabriqué au Canada et accessible au Québec, n'a pu être recensé ; nous avons donc dû choisir Teen et Young and Modern (édités aux États-Unis) car très populaires chez nous auprès de notre clientèle-cible, indépendamment de la langue maternelle.

Premiers résulats

Les magazines-jeunesse analysés privilégient des sujets centrés sur des préoccupations d'ordre physique et psychologique, les recettes pour séduire les garçons y abondent. Le ici-maintenant est roi et tout se passe comme si on s'adressait à des filles qui vivent dans un espace-temps irréel, sans passé ni futur. L'ouverture sur le monde moderne et hors des frontières nord-américaines est absente dans les quatre magazines. L'actualité politique, économique et
sociale est, à toute fin pratique, absente et pour ce qui est de la culture, elle se traduit par une présence importante de groupes musicaux et pop-stars du cinéma et de la télévision. Les modèles ainsi proposés aux jeunes lectrices sont issus prioritairement du monde du spectacle.

La densité d'information pertinente en termes de contenu informatif est beaucoup plus importante du côté francophone avec 40 % de l'espace disponible alors que le même pourcentage se retrouve en publicité commerciale du côté américain. Le plaisir y est étalé et les produits mis en vitrine sont, majoritairement, de beauté, l'apparence étant le leitmotiv. Les publicités sociétales telles que « L'alcool au volant », « Les MTS » ou « Le décrochage scolaire » sont des thématiques que les différents paliers des gouvernements ignorent. Les ethnies sont occultées dans les deux magazines francophones, tout y est blanc ! Du côté américain, c'est dans la publicité en particulier que la communauté noire est représentée.

La télévision informative et journalistique, destinée aux jeunes francophones du Québec, choisit un horaire peu propice (en fin d'avant-midi les fins de semaine), en plus de n'offrir qu'un seul visage sans faire de place aux ethnies et ne ciblant que des jeunes de 10-12 ans. Par ailleurs, les adolescents anglophones à partir de 12-13 ans ont un meilleur choix et sont mieux représentés. Les deux émissions Street Cents et YTV News, de facture très différente, leur parlent davantage de sujets qui les concernent, même si l'ouverture sur le monde est d'abord sur les produits américains : chanteurs, comédiens, Guess jeans, Hostess chips, céréales Kellogg...

Pour conclure

L'égocentrisme que l'on déplore chez les jeunes, garçons et filles, est bien entretenu par les adultes via la presse et la télévision. Les grands noms de femme sont absents. Et pourtant, l'histoire regorge de modèles riches d'exemples sans oublier nos contemporaines. C'est à nous, adultes du monde de l'éducation et de la communication, de les alimenter et de leur raconter de vraies histoires en puisant dans nos référents historiques et contemporains sans oublier les bons
coups de leurs pairs. L'école québécoise oublie qu'elle doit composer avec ces médias qui, non seulement forment en agissant sur le comportement mais aussi informent. Elle n'a toujours pas fait de place à l'éducation aux médias, étant convaincue que cet apprentissage se fera naturellement et surtout en dehors de ses murs.


Source : Un rapport, dans les deux langues, est disponible auprès des auteures :
Stéphanie Dansereau : dansereau-trahan.stephanie@uqam.ca (987-3000, ext. 3847) et Jeanne Maranda : jmaranda@sprint.ca (Fax: 271-8914).


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