L’éducation en matière de santé sexuelle : un besoin
La santé sexuelle fait partie intégrante de notre santé globale et de notre bien-être, elle va bien au-delà de l’absence de maladie ou de dysfonctionnement. Selon la définition de travail établie par l’Organisation mondiale de la santé, « la santé sexuelle implique une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles ainsi que la possibilité de vivre des expériences sexuelles agréables dans un climat de sécurité, exempt de toute contrainte, discrimination ou violence. » [1]
Au Canada, tout le pays s’entend pour dire que les jeunes ont besoin d’éducation en matière de santé sexuelle. Non seulement toutes les provinces et tous les territoires sont du même avis et l’affirment dans leur curriculum officiel mais on peut également lire, dans les Lignes directrices canadiennes pour l’éducation en matière d’éducation sexuelle formulées par l’Agence de la santé publique du Canada, que « la santé sexuelle est un aspect important et positif de la santé personnelle et d’un mode de vie sain. L’éducation en matière de santé sexuelle devrait être offerte à tous les Canadiens comme un élément important des programmes et des services de promotion de la santé. » [2]
Malgré tous les efforts déployés par les éducateurs, le corps médical et les organismes gouvernementaux, il est malheureux de constater un déclin des connaissances chez les jeunes d’aujourd’hui, en matière de santé sexuelle. Selon une recherche menée par Planned Parenthood Toronto, « les jeunes Canadiens n’ont pas une connaissance approfondie des facteurs de risque associés à une activité sexuelle non protégée et n’ont pas les compétences voulues pour être en mesure de protéger leur santé sexuelle. » [3] Les jeunes Canadiens sont peu informés, en particulier en ce qui concerne les infections transmissibles sexuellement ; leur niveau de connaissance du HIV est en chute libre depuis 1989. [4] Ainsi, parmi les jeunes ayant participé à cette étude en 2007, près du tiers croyait que la pilule contraceptive était un moyen efficace de se protéger contre le HIV. [5] La Fédération canadienne pour la santé sexuelle a mené une étude concluant que « nous devons multiplier nos efforts afin de transmettre aux jeunes les connaissances nécessaires en matière de santé sexuelle et reproductive. De plus, nous devons éliminer les nombreux obstacles qui bloquent l’accès aux jeunes désireux de consulter les services de santé sexuelle et reproductive. » [6]
Ce que vous voulez / Ce qu’ils désirent
Les jeunes désirent ardemment s’informer en matière de santé sexuelle mais ils n’apprécient guère notre façon de leur transmettre le message. Plutôt que de chercher une information fiable auprès de professionnels comme un médecin, une infirmière ou un enseignant, ils préfèrent consulter au premier chef leurs pairs ou les médias – surtout Internet. [7] Cette situation prévaut en partie parce qu’aux yeux des jeunes, l’information diffusée au sein d’une clinique de santé sexuelle est une expérience qui leur semble peu amicale ; ils craignent nos jugements et le manque de confidentialité. En outre, les jeunes sont d’avis que la matière enseignée dans un cours d’éducation en santé sexuelle est sans intérêt car elle ne traite pas les sujets qu’ils désirent aborder. [8]
La popularité d’Internet est phénoménale chez les jeunes, ils y ont recours pour effectuer leurs recherches en général [9] et tout particulièrement [10] pour s’informer en matière de santé ; comment s’étonner alors que les jeunes se tournent vers Internet pour en connaître davantage sur la santé sexuelle ? Le jeune qui navigue en ligne a le sentiment d’être anonyme et d’avoir facilement accès à l’information voulue ; voilà qui est plutôt tentant pour un jeune craignant d’être jugé ou dont les moyens de transport sont limités (les jeunes hommes ayant participé à la recherche menée par Planned Parenthood Toronto ont inscrit l’emplacement et l’accès facile des lieux comme des éléments importants à retenir, lors de l’implantation d’une clinique de santé sexuelle). Les jeunes en quête d’information sur la santé sexuelle naviguent sur le Net parce qu’ils veulent se protéger des jugements d’autrui et de la curiosité de leurs pairs ; mais c’est aussi pour éviter un tête-à-tête parfois gênant avec un parent, un enseignant ou un professionnel de la santé.
Internet comme source d’information en matière de santé sexuelle : les défis
C’est malheureux mais Internet est un couteau à double tranchant lorsqu’on l’utilise comme source d’information en matière de santé sexuelle. Comme presque toute chose sur le Net, ce sont les habiletés et les compétences de l’internaute qui décideront de la qualité des résultats de recherche en ligne. Il faut d’abord souligner certains obstacles que nous nous devons de franchir, au regard du contenu dans Internet. La pornographie en ligne est un commerce fort lucratif ; un jeune qui effectue une recherche d’information en santé sexuelle peut facilement se retrouver, bien malgré lui, dans des sites à caractère sexuel. Et même si un jeune peut effectivement trouver l’information traitant de santé sexuelle, il aura peut-être du mal à déterminer s’il s’agit bel et bien d’une information objective et fiable. Tant de publicité circule librement sur le Net qu’on risque fort de tomber sur une information fausse ou non éprouvée. Par conséquent, un jeune qui se fie aux contenus trouvés sur Internet pour s’informer en matière de santé sexuelle peut, sans le savoir, être mal informé et adopter de fausses croyances ou être victime de propagande.
Second obstacle : l’information en matière de santé sexuelle, sur Internet, peut être difficilement accessible en raison des outils de filtrage utilisés dans la plupart des foyers et des écoles au pays. Ces filtres visent à bloquer tout contenu pornographique ou autrement choquant mais ils bloquent également l’accès à une information honnête en matière de santé. Une étude portant sur l’efficacité de ces filtres démontre qu’ils bloqueront l’information en matière de santé suivant le niveau de filtrage sélectionné. Par exemple, un filtrage minimal bloque un nombre négligeable de sites éducatifs en santé. Mais un filtrage maximal bloque plus du quart de ces sites, sans parler d’un très grand nombre de sujets spécifiques. Au cours de cette étude, une recherche en ligne portant sur le terme « condom » fut menée avec un niveau de filtrage moyen - elle a démontré que le quart des sites trouvés dans les résultats de cette recherche ont été bloqués ; une recherche avec l’expression « sexe sécuritaire » et filtrage moyen a démontré qu’un cinquième des sites trouvés comme résultats de recherche ont été bloqués. [11]
Internet : l’occasion d’aider les jeunes à obtenir une information juste et fiable
Malgré tous les défis à relever, Internet est une précieuse source d’information – encore faut-il que les jeunes puissent s’y trouver. Le Réseau Éducation-Médias a mis au point une leçon, intitulée Je l’ai trouvé dans Internet : Éducation en matière de santé sexuelle et authentification de l’information en ligne. Elle est conçue pour soutenir l’enseignant désireux d’aider les jeunes du 1re à 3e secondaire à acquérir les habiletés nécessaires pour mener une recherche sur Internet en matière de santé sexuelle, trouver une information honnête, y accéder et l’évaluer. Les élèves pourront acquérir des habiletés de recherche poussées, multipliant ainsi leurs chances de trouver une information pertinente et de réduire le nombre de résultats de recherche inappropriés ou indésirables. Ils apprendront à évaluer une source d’information en ligne, quel qu’en soit le sujet, et à reconnaître un contenu fiable et non biaisé. En outre, les élèves auront la chance de se familiariser avec des sources et des sites reconnus pour la qualité et la fiabilité de l’information qu’ils diffusent en matière de santé sexuelle.
Internet a ceci de formidable qu'il met aà notre disposition une riche et abondante information. Mais il faut bien le reconnaître – nous devons acquérir des compétences poussées, parfois même complexes, pour savoir naviguer dans cet océan d’information et y reconnaître un contenu qui se démarque par sa qualité. Nos jeunes se tournent vers Internet lorsqu’ils cherchent à en savoir davantage en matière de santé sexuelle ; nous devons donc nous assurer qu’ils possèdent tous les outils et toutes les compétences nécessaires pour savoir chercher et évaluer correctement l’information qu’on leur sert, surtout lorsqu’il est question d’un sujet d’une telle importance.
Ressources complémentaires sur l’éducation en matière de santé sexuelle
[1] Sexual and reproductive health: Gender and human rights, World Health Organization.
<http://www.who.int/reproductivehealth/topics/gender_rights/sexual_health/en/index.html>
[2] Arguments en faveur de l'éducation de la santé sexuelle, Masexualité.ca. <http://www.masexualite.ca/enseignants/arguments-6.aspx>
[3] Flicker, Sarah, Susan Flynn, June Larkin, Robb Travers, Adrian Guta, Jason Pole, et Crystal Layne, Sexpress: The Toronto Teen Survey Report, Planned Parenthood Toronto, 2009. <http://www.ppt.on.ca/pdf/reports/TTSreportfinal.pdf>
[4] Ibid.
[5] White, Kathryn, Katharine Kelly, Jason Oliver, et Mara Brotman, (Mis)Informed Canadian Youth: Sexual Health Survey Report, United Nations Association in Canada / Association canadienne pour les Nations-Unies, 2007. <http://www.unac.org/en/library/unacresearch/2007CdnYouthSexualHealthSurveyResults.pdf>
[6] Sexual Health in Canada: Baseline 2007, Canadian Federation for Sexual Health / Fédération canadienne pour la santé sexuelle, 2007.
[7] Sexpress: The Toronto Teen Survey Report.
[8] Ibid.
[9] Jeunes Canadiens dans un monde branché, Phase II, Réseau Éducation-Médias, 2005. <http://www.education-medias.ca/francais/recherche/JCMB/phaseII/>
[10] Witte, James C., Lisa M. Amoroso et Philip E.N. Howard, "Research Methodology: Method and Representation in Internet-Based Survey Tools–Mobility, Community and Cultural Identity in Survey2000", Social Science Computer Review 18:2, 2000.
[11] See No Evil: How Internet Filters Affect the Search for Online Health Information, Kaiser Family Foundation, 2002.