Une deuxième perspective rassemble les programmes qui adoptent au contraire une approche très positive centrée sur les usages et les satisfactions. Dans ce type de programmes, il ne s'agit aucunement de prémunir les jeunes contre les effets des médias, mais bien de s'assurer que la relation qu'ils entretiennent avec eux constitue une expérience culturelle enrichissante.
Ces programmes reconnaissent que les médias ont un rôle très important à jouer dans le processus de socialisation des jeunes. Ils perçoivent en quelque sorte les médias comme des « fenêtres sur le monde ». On estime ainsi que le contact avec les médias est l'occasion pour les jeunes d'apprendre à mieux comprendre la société complexe dans laquelle ceux-ci sont appelés à évoluer. Ces programmes ne voient nullement les jeunes comme des victimes potentielles des médias.
Bien au contraire, les jeunes sont vus comme des récepteurs actifs qui choisissent rationnellement de s'exposer aux médias en fonction de leurs besoins et de leurs attentes personnelles, qui sont nécessairement différents de ceux des autres. Selon cette perspective, ce ne sont pas les médias qui ont des effets sur les jeunes, mais plutôt les jeunes qui s'exposent aux contenus des médias en fonction de leurs attentes et de leurs besoins particuliers.
L'éducation aux médias est vue dès lors comme une occasion unique pour les jeunes d'apprendre à se découvrir en tant que consommateur des médias ; on considère que c'est en apprenant à mieux connaître leurs besoins personnels, que les jeunes pourront devenir des consommateurs plus avertis.
Le contenu des programmes qui adoptent cette perspective se partage entre deux dimensions principales : une meilleure connaissance de la part des jeunes de leurs propres habitudes de consommation et une meilleure connaissance de la manière dont sont produits les messages des médias, c'est-à-dire la nature du processus de production de la part des médias.
On souhaite que les jeunes développent des critères personnels qui guident leur consommation des médias et qui leur permettent de sélectionner de manière plus judicieuse ce à quoi ils s'exposent. Les jeunes deviennent des téléspectateurs critiques s'ils sont capables de comprendre et d'exposer clairement la nature de la relation qu'ils entretiennent avec les médias.
Ils sont aussi critiques s'ils peuvent analyser et évaluer objectivement la qualité des différentes composantes des émissions de télévision (jeu des comédiens, direction artistique, décor, éclairage, musique, rythme, etc.) en fonction du genre auquel appartiennent ces émissions (humour, divertissement, documentaire, information, etc.) et du public auquel elles sont destinées.
Un grand nombre de programmes américains d'éducation critique à la télévision adopte cette perspective des usages et des satisfactions, tels des Critical Television Viewing (WNET/Thirteen, 1980), Inside Television (Far West Laboratory Office of Educational Project, 1980), Teaching Critical Television Viewing Skills: An Integrated Approach (Ploghoft et Anderson, 1982), Channel: Critical Reading/TV Viewing Skills (Potter et al., 1979).
Source : L'éducation aux médias : vers une redéfinition des rapports entre l'école et les médias, étude réalisée pour la Centrale de l'enseignement du Québec par Jacques Piette, professeur au département des lettres et de communications de l'Université de Sherbrooke.