
Les enfants comme les adultes prennent connaissance de l'actualité grâce aux médias, notamment à la télévision. L'intérêt que suscite chez eux un événement dépend de l'attention que lui accordent les médias et de l'éclairage qu'ils en donnent. Les nouvelles télévisées, entre autres, présentent l'actualité sous un angle particulier et peuvent influencer la perception des spectateurs, à plus forte raison des enfants.
« Pour près de 70 % des Canadiens, la télévision constitue la principale source d'information sur le plan des nouvelles internationales et nationales.
En terme de popularité, les émissions d'information occupent même le second rang après les dramatiques et les téléromans.
L'oeil-témoin de la caméra, braqué sur les humeurs de l'instant, ne peut se substituer au jugement critique s'appuyant sur un certain recul et une vue d'ensemble.
La formule type de nos téléjournaux favorise davantage les manchettes d'une durée moyenne de 32 secondes. Ces manchettes ont grugé progressivement de 33 % à 38,2 % des 30 minutes consacrées d'ordinaire à ce type d'émission
10 minutes de pauses publicitaires envahissent cette précieuse demi-heure d'information, soit l'équivalent de 5 reportages d'environ deux minutes qui pourraient enrichir le menu "minceur" proposé. Les règles de construction du téléjournal épousent d'ailleurs de plus en plus celles du langage publicitaire. Les images prennent souvent le dessus sur le commentaire et le texte. »
Extraits de « Les "nouvelles" : faire écran au réel »
Claude Champagne, VO.
Les nouvelles impressionnent beaucoup les enfants
Parce que les nouvelles parlent de vraies personnes, d'événements réels et qu'il y est souvent question de crimes, de tragédies et de désastres, les enfants peuvent en déduire que le monde est plus terrifiant qu'il ne l'est en réalité.
Si la télévision est allumée, il y a de fortes chances pour que les enfants la regardent ou, du moins, l'écoutent. Les diffuseurs tiennent compte de leur présence lorsqu'ils choisissent les sujets et les images du bulletin de 18 h. Certains prennent la précaution d'aviser les téléspectateurs avant de présenter un reportage particulièrement violent ou horrible. Cela dit, il reste que les informations, à toute heure de la journée, rapportent des faits et montrent des images susceptibles d'inquiéter les enfants.
On peut présenter jusqu'à 25 sujets différents dans un bulletin de 20 minutes
Les manchettes d'un bulletin de 18 h sont souvent alarmantes :
- un incendie ;
- les développements dans un procès pour meurtre ;
- une guerre, un massacre ;
- la maladie (cancer, sida) d'une personnalité connue ;
- la perte de nombreux emplois à cause d'une faillite ou de compressions budgétaires ;
- un désastre naturel (inondation, ouragan).
Les parents doivent discuter des nouvelles avec leurs enfants, mettre les choses en perspective, situer le contexte
- Beaucoup d'adultes ont du mal à composer avec la violence et la souffrance que les nouvelles font entrer chez eux, et il leur est parfois difficile de savoir jusqu'à quel point il faut en protéger les enfants. Il n'est pas possible, ni souhaitable d'ailleurs, de cacher aux enfants toute la réalité du monde extérieur, mais nous pouvons les aider à comprendre en parlant avec eux de ce qu'ils voient aux nouvelles.
- Leur expérience de la vie étant plus limitée que celle des adultes, les enfants ne parviennent pas toujours à saisir tout le sens, ou le sens exact, d'une information. Les reportages sont écrits pour un public adulte, à qui il n'est pas nécessaire de préciser que tout le monde ne mourra pas du cancer. Les enfants, eux, ne la savent pas et perçoivent les informations à ce sujet comme très menaçantes.
- L'âge des enfants conditionne leur perception. Les tout-petits n'ont qu'une vague notion des distances et peuvent avoir de la difficulté à comprendre que les événements dont il est question à la télé, dans leur salon, ne se passent pas dans le voisinage.

- Le docteur T. Berry Brazelton, spécialiste en développement de l'enfant, souligne qu' « il est essentiel de faire comprendre aux enfants que les enfants qu'ils voient souffrir à la télévision n'ont rien fait de mal pour mériter cette souffrance, qu'il ne s'agit pas d'une punition ».
La diversité de races, de sexes et d'occupations des téléspectateurs n'est pas reflétée dans les émissions d'information
- Selon les résultats d'une étude portant sur les bulletins de nouvelles de Radio-Canada, CBC, NBC, CBS, BBC et PBS, de toutes les personnes qui y apparaissent :
- 9 sur 10 sont des hommes ;
- 9 sur 10 sont de race blanche ;
- 9 sur 10 sont des porte-parole ou des experts ;
- 1 sur 25 est une femme (porte-parole ou expert) ;
- 1 sur 50 parle en son propre nom ;
- 1 sur 50 est jeune.
- Pour ce qui est du contenu des reportages diffusés aux bulletins de nouvelles, la même étude démontre qu'ils portent sur les sujets suivants :
- 8 sur 10 sur des institutions ;
- 9 sur 10 sur des conflits ;
- 5 sur 10 sur la violence ;
- 1 sur 10 sur les affaires.
(Étude de Tim Knight, journaliste au réseau anglais de Radio-Canada, citée dans Manuel de journalisme radio-télé.)
- L'intérêt du public est une considération importante dans le choix des manchettes. Les responsables se posent des questions comme :
- La nouvelle est-elle locale ou internationale ?
- Est-il question d'une vedette ou d'un leader mondialement connu ?
- S'agit-il de quelque chose qui touche de près les téléspectateurs ?
- Y a-t-il une dimension humaine (tragédie, drôle, bizarre...) ?
- Dispose-t-on d'images intéressantes pour illustrer le sujet ?
(Information tirée de Mass Media and Popular Culture).
Les nouvelles sont aussi une question d'affaires
- Vers la fin des années 1960, à la faveur de l'engouement du public pour les actualités (c'était l'époque de la guerre du Viêt-nam), les diffuseurs ont reconnu l'important potentiel de revenus publicitaires que représentaient les émissions d'information.
- À la fin des années 1970, les revenus provenant des messages publicitaires diffusés pendant les nouvelles constituaient près de 60 % des profits de beaucoup de stations.
- Au cours des années 1980, les réseaux américains, pris dans la course aux cotes d'écoute, ont lancé la mode des émissions mi-affaires publiques mi-divertissement comme Hard Copy et A Current Affair.
Peu de diffuseurs canadiens ont adopté cette manière de présenter une information-spectacle.
Toutefois, des émissions privilégiant l'enquête ou le débat, comme Enjeux, J.l., Mongrain de sel, et Droit de parole, reflètent l'intérêt du public pour de nouvelles façons de traiter l'actualité.
- Les diffuseurs accordent beaucoup de temps d'antenne aux sujets spectaculaires tels que l'assassinat du président Kennedy, la guerre du Golfe et le procès d'O.J. Simpson parce qu'ils font monter les cotes d'écoute.
« Une bonne partie des nouvelles, autant que 50 % n'est pas le fruit d'une enquête menée par un journaliste mais provenant plutôt de communiqués émis par des corporations, des gouvernements, des agences de services sociaux, etc. Ces organismes peuvent gérer les nouvelles et la mise en circulation d'informations importantes par le biais de communiqués. »
Barry Duncan,
Mass Media and Popular Culture
Source : l'Alliance pour l'enfant et la télévision,
Chère Télé... ou comment regarder la télévision en famille.