
Tout le monde ne conçoit pas la télévision de la même façon. Pour certains, il s'agit d’un passe-temps, d'un outil d'information et d'éducation. Quel que soit le rôle de la télévision dans nos vies ou la valeur que nous lui attribuons, il n'est pas facile de déterminer quelle serait la programmation idéale pour nos enfants. D'autant plus que les émissions sur lesquelles notre choix s'arrêteraient seraient sans doute bien différentes de celles que choisiraient eux-mêmes les enfants.
Qu'est-ce qu'une « bonne » programmation ? Cette question, beaucoup de parents la posent, mais il est difficile d'y répondre, car chaque famille a ses propres critères. Nous avons donc demandé l'avis de quelques professionnels de la télévision pour enfants.
« ... c'est une programmation qui allie intelligence et divertissement, un ensemble dont les différents éléments (des émissions dans ce cas) s'imbriquent les uns dans les autres – à la manière d’un casse-tête et non d'un patchwork – , porteur d’une vision donc, bien avant que d'être une addition, au hasard, de coups d'éclats isolés. »
Louise Dansereau, v.p. Programmation
Canal Famille
« La télévision destinée à l'enfant doit toucher son cœur, respecter son intelligence, stimuler sa créativité, exprimer sa culture et son environnement et aussi lui ouvrir une fenêtre sur le monde. Elle doit faire appel aux talents des meilleurs artisans et artistes qui ont à cœur le bien-être de l'enfant. »
Robert Roy, secrétaire général
Centre international du film pour l'enfance et la jeunesse
« Une programmation pour enfant doit être attrayante, ouvrir des horizons et répondre à différents besoins des enfants. »
Carmen Bourassa, productrice
Secteur Jeunesse et famille, Radio-Québec
« Une bonne émission jeunesse favorise l'épanouissement, enrichit, éclaire et stimule. C'est une télévision ou tout est prétexte à l'interrogation, à la valorisation et au partage. »
Michel C. Lavoie, directeur des émissions jeunesses
Société Radio-Canada
Comment la programmation se fait-elle ?
Les émissions que nous voyons sont choisies par les responsables de la programmation, qui doivent prendre en considération plusieurs facteurs lorsqu'ils sélectionnent une émission pour leur station ou leur réseau. En voici quelques exemples :
- L'intérêt du public et les cotes d'écoute
Les cotes d'écoute indiquent le nombre de foyers à l'écoute de chaque émission ; les tarifs de diffusion des messages publicitaires varient en fonction de ces cotes. Celles-ci sont déterminées par des sondages et par des équipements (audiomètres) qui, placés dans certaines maisons, contrôlent la consommation télévisuelle de leurs occupants, bien sûr consentants.
- La diversité
Les diffuseurs cherchent à offrir un menu assez diversifié pour satisfaire les goûts variés d'un large public.
- La disponibilité des droits
Avant de mettre en ondes une émission, le diffuseur doit en acheter les droits d'utilisation auprès du producteur ou du distributeur. Ces droits sont vendus pour une période et un territoire limités, souvent en exclusivité.
- Le coût
Les prix varient beaucoup, selon que l'émission est offerte en primeur ou en rediffusion, selon la réputation qui la précède, l'importance de ses vedettes ou son pays d'origine.
- Les considérations de permis
Tout diffuseur canadien doit obligatoirement détenir un permis d'exploitation émis par le CRTC. Pour conserver son permis, il doit en respecter l'ensemble des conditions.
- Les codes volontaires établis par des diffuseurs
Ces codes, qui en certains points sont semblables à la réglementation gouvernementale, ont pour but de contrôler des contenus tels que la violence, les stéréotypes sexuels et la publicité.
Qu'est-ce que le CRTC ?
Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes est un organisme gouvernemental qui accorde des permis d'exploitation aux diffuseurs. Chaque permis est différent et, pour le conserver, le diffuseur doit en respecter les conditions, notamment en ce qui concerne les aspects suivants :
- La programmation pour enfants
Un diffuseur public comme Radio-Canada est tenu de consacrer chaque semaine un certain nombre d'heures aux émissions pour enfants, alors que les diffuseurs privés n'ont souvent aucune obligation dans ce sens.
- Le contenu canadien
Il doit représenter un pourcentage du total des heures d'antenne, pourcentage variable surtout en ce qui a trait aux services spécialisés et aux chaînes payantes.
- Le temps consacré à la publicité
Toute publicité visant la clientèle de moins de 13 ans (jouets, céréales...) est interdite par la loi au Québec depuis 1980. Certains diffuseurs présentent des publicités pour adultes pendant les émissions jeunesse ; pour sa part, Radio-Canada n'en diffuse aucune à ces heures-là.
Une question d'affaires
Il coûte toujours plus cher de produire une émission originale que d'acheter simplement des droits de diffusion. Voilà pourquoi les diffuseurs présentent souvent des émissions étrangères dont les coûts de production sont amortis par la vente des droits sur plusieurs territoires.
Les règlements du CRTC concernant le contenu canadien visent à assurer une présence significative des talents d'ici sur nos ondes ; ils cherchent à empêcher que la télévision ne devienne qu'une simple question d'affaires.
Quelle différence y a-t-il entre un diffuseur privé et un diffuseur public ?
- Les diffuseurs privés comme Télé-Métropole, CTV, RDS et les réseaux américains couvrent leurs coûts d'exploitation, de production et d'achat de droits de diffusion en vendant du temps d'antenne pour la diffusion de messages publicitaires. Toutefois, certaines chaînes spécialisées privées ne diffusent pas de publicité.
- Radio-Canada est une télévision publique mais à régime de financement mixte ; Radio-Québec complète elle aussi son financement gouvernemental par des revenus publicitaires.
- La télévision publique se définit comme étant non commerciale et possédant souvent un mandat éducatif. Elle est financée en majeure partie par des fonds gouvernementaux et, dans certains cas, par les dons de ses « membres ». TVO et La Chaîne française en Ontario, Knowledge Network en Colombie-Britannique et PBS aux États-Unis en sont des exemples. Néanmoins, elles assurent une visibilité aux corporations qui commanditent certaines de leurs émissions.
Que regardent nos enfants ?
Tous les deux ans, le Groupe de recherche sur les jeunes et les médias fait l'analyse de la programmation offerte aux enfants à travers le Canada et des cotes d'écoute qui s'y rapportent. Voici quelques faits qui ressortent de l'étude effectuée à l'automne 1994 :
- Le palmarès des 2 à 6 ans est constitué surtout d'émissions destinées aux enfants.
- Le palmarès des 7 à 11 ans comprend en moyenne 60 % d’émissions destinées aux adultes.
- Plus que tout autre genre d'émission, les dessins animés figurent au palmarès des enfants.
- Les émissions conçues pour les adolescents sont beaucoup moins nombreuses que celles destinées aux jeunes enfants.
- Les téléromans publiques et certains services spécialisés jouent un rôle important en offrant aux jeunes une programmation variée, divertissante et éducative et qui fait une large place aux productions d'ici.
- La programmation offerte par les diffuseurs privés est composée principalement de dessins animés.
Source : l'Alliance pour l'enfant et la télévision,
Chère Télé... ou comment regarder la télévision en famille.