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LA TOILE 


Faut-il censurer Internet ?

Écrit par Alvin Schrader

La convergence des technologies de communication offre la fascinante perspective d'un accès aux différentes cultures de la planète. Une ouverture cependant menacée par des initiatives aussi bien politiques que technologiques, nées de la peur des idées et images à controverse véhiculées par Internet. En trois ou quatre ans, un nombre stupéfiant de logiciels de filtrage ont fait leur apparition sur le marché américain et canadien. Tous prétendent « filtrer » ou « classifier » les contenus sur Internet, la plupart au nom de la protection de l'enfance et d'un nécessaire contrôle parental.

Le but de cet article est de mettre en évidence et d'analyser les différentes questions que l'accès à Internet soulève dans les écoles et les bibliothèques scolaires. Dans ce nouvel univers virtuel, où l'accès à l'image et à l'information est normalement instantané, comment doivent réagir les bibliothécaires des écoles du monde entier face à l'apparition des logiciels de filtrage ? Quel est notre rôle dans la chaîne de transmission des contenus Internet ? Comment pouvons-nous concilier ce « contrôle parental » et la mission d'enseignement, de développement pédagogique et d'éducation aux médias et aux valeurs communautaires que nous occupons auprès des jeunes ?

Plus précisément, quel est l'objectif de ces logiciels de filtrage ? S'agit-il d'outils pratiques que les bibliothécaires de tous niveaux devraient utiliser pour sélectionner et mettre en valeur uniquement les bons contenus créatifs sur Internet, dans l'intérêt de la protection des jeunes et des valeurs sociales ? Ou n'assiste-t-on qu'à l'arrivée d'une nouvelle version technologique de la censure ?

La question est d'un intérêt majeur pour nous tous, bibliothécaires, parce qu'elle se situe à l'intersection de nos rôles respectifs de défenseurs des libertés intellectuelles, d'organisateurs de l'information et de promoteurs de l'éducation aux médias. C'est l'occasion pour nous de partager notre connaissance comme notre expérience et de faire entendre plus clairement notre voix dans la société, à une échelle locale aussi bien que mondiale.

Les logiciels de filtrage et de classification des contenus Internet

Les logiciels de filtrage sont conçus pour intervenir à un ou plusieurs niveaux de configuration informatique : station de travail individuelle, réseau local, serveur à distance, fournisseur de services Internet (FSI) et autres.

Pris dans leur ensemble, ils offrent une quantité stupéfiante d'options de contrôle ou de suppression de contenus Internet jugés « mauvais » : listes de blocage de mots, de phrases, de syllabes, de sujets ou de sites au complet et systèmes de classification des sites.

L'ampleur de la tâche entreprise par les fabricants de logiciels de filtrage est phénoménale. Aux États-Unis, on estime à 3000 le nombre de nouveaux sites qui apparaissent chaque jour. Internet est un phénomène en constante évolution, et les cibles visées par les compagnies de logiciels sont non seulement changeantes, mais de plus en plus rapides. L'évaluation la plus récente du nombre de pages Web sur Internet est de 320 millions et l'on s'attend à une augmentation de 1000 % d'ici quelques années.

Dans ce climat de changements technologiques rapides, les fabricants de logiciels visent une énorme variété de contenus, en utilisant une tout aussi grande diversité de critères. Il suffit pour s'en rendre compte de constater que certains d'entre eux disent ne bloquer que 15 000 sites alors que d'autres se vantent d'en éliminer jusqu'à 138 000 (Oder, 1997, 41). Un site de classification de sites Internet dit même avoir recensé 1,5 million d'adresses URL (NetSheperd, 1997).

Tous affirment employer un personnel qualifié, mais sans rien dévoiler de ses qualifications professionnelles, de la manière dont il est recruté et des salaires payés. On n'en sait pas plus sur le contrôle de la qualité du travail, comme sur l'existence ou non de tests réguliers en ligne pour mesurer l'exactitude et la constance des résultats.

Pire, les systèmes de blocage les plus discutables font complètement disparaître mots, sites ou sujets offensants, les rendent totalement invisibles au point que les internautes ne savent même pas qu'il existe de l'information à laquelle ils n'ont pas accès. Par exemple, si le mot anglais « sex » est bloqué, ils n'auront jamais connaissance de l'existence du site de la NASA marsexplorer.com, des œuvres poétiques d'Ann Sexton, de divers sites sur le harcèlement sexuel ou les maladies transmises sexuellement. Certains logiciels de filtrage rendent également impossible l'accès à quoi que ce soit qui concerne de près ou de loin l'homosexualité, le lesbianisme ou la bisexualité. L'un d'entre eux se retrouve ainsi à bloquer l'accès à toute l'encyclopédie médicale en ligne d'Archie R. Dykes, en raison du simple fait que « dyke » en anglais argotique signifie aussi lesbienne (Chelton, 1997).

Nombre de ces logiciels vont plus loin encore et bloquent de nombreux sites féministes anglais, comme NOW, le forum de discussion de la National Organization for Women, ou d'autres sites comme alt.feminism, soc.support.pregnancy.loss, soc.support.fat-acceptance et Planned Parenthood. S'appuyant sur la présence de « propos haineux », l'un d'entre eux a même interdit un temps l'accès à Nizkor, un important site antirévisionniste, qui héberge de nombreuses archives sur l'Holocauste (Wallace 1997). Un autre logiciel bloque toutes les adresses URL contenant un tilde (∼). Autant d'exemples qui démontrent la variété de problèmes inhérents à la démarche des logiciels de filtrage, aussi bien pour bloquer efficacement les contenus négatifs que préserver l'accès aux contenus positifs.

Par essence, une société est complexe et ne se laisse pas ranger en petites cases séparées. Les stratégies de filtrage par mot, phrase ou site étiquettent les idées et, ce faisant, imposent leurs points de vue idéologiques. Peut-on classer toutes les formes de violence dans la même boîte ? Un coup de poing a-t-il les mêmes conséquences qu'une exécution sanglante ? Nudité et sexe vont-ils forcément ensemble ? Peut-on confondre érotisme et pornographie ?

Si certains fabricants de logiciels de filtrage admettent l'existence d'un système de valeurs dans leurs opérations de filtrage ou de classification, d'autres le nient farouchement. Par exemple, CyberSitter dénie toute orientation idéologique et prétend appliquer à tous les sites les mêmes « critères prédéterminés... sans exception » (CyberSitter,1997). À l'opposé, CyberPatrol déclare se baser sur un principe clair : « Avant d'inclure un site sur notre liste de blocage, nous évaluons l'effet qu'il peut avoir sur un enfant de 12 ans qui navigue sur Internet hors de la présence d'un parent ou d'un enseignant. » (CyberPatrol, 1997)

Mais, quoi qu'on en dise, toute opération de blocage par mot, phrase, sujet ou site implique obligatoirement un système de valeurs et une idéologie. Dans tous les cas, on y fait abstraction du contexte et un seul mot vulgaire prend plus d'importance qu'un récit de 400 pages. Margaret Lawrence, la grande romancière canadienne, a qualifié, dit-on, de « censure par bribes » la pratique qui consiste à juger d'une œuvre en ne se basant que sur des extraits, des phrases ou mots offensants pris ici et là, et des scènes tirées de leur contexte (Carver, 1997). Comment, par exemple, de tels logiciels de filtrage traiteraient-ils la Bible ? Selon quels critères ? Classifieraient-ils chaque livre différemment ? Ou chaque verset ? Ou chaque mot ?

Quand la décision de bloquer et classifier des contenus est prise par des tierces parties dont on ne connaît ni les qualifications ni le système de valeurs, le débat public est forcément en danger. Ces logiciels de filtrage condamnent en bloc tous les contenus qui ont trait à la violence, au sexe, à la haine, etc. et les considèrent comme également nocifs, particulièrement en ce qui concerne les jeunes.

Un élément crucial à considérer : le point de vue du lecteur

La signification d'une information est directement liée à l'usage qu'on veut en faire. La politique Internet des bibliothèques devrait donc s'enraciner dans l'idée que l'accès à l'information ne peut être évalué que du point de vue de son caractère approprié dans une institution publique donnée (Davison, 1996). Par exemple, étudier le fonctionnement des sites d'incitation à la haine est une entreprise intellectuelle et éducative qui n'a rien à voir avec le fait de participer soi-même à cette littérature haineuse. Lire ne veut pas dire endosser.

Jusqu'à un certain point, le lecteur ajoute et participe à la signification d'un texte en fonction de sa propre culture littéraire, de son propre filtre culturel, moral et esthétique, et des raisons qui l'amènent à lire. Dans cette dynamique, le sens qu'il retire d'un texte peut coïncider plus, moins ou pas du tout avec la conception originale de l'auteur, ou, quant à cela, de tout autre lecteur.

Ce point de vue du lecteur implique que, loin d'être fixe, objectif et toujours perçu de manière identique, un texte a quelque chose d'ambigu, de fluide et de subjectif, susceptible de significations et d'interprétations multiples et parfois contraires. Autrement dit, tout est dans l'œil de celui qui regarde.

La prise en considération du point de vue du lecteur est particulièrement vraie en ce qui concerne les enfants, parmi lesquels on retrouve une énorme diversité au niveau du développement émotionnel et de la maturité psychologique tout au long de l'enfance, mais aussi à l'intérieur de la même catégorie d'âge. L'âge biologique n'est pas un bon indicateur : certains jeunes de 12 ans sont presque adultes, d'autres encore très près de l'enfance.

La diversité d'attentes et de besoins est telle que, avec l'aide de ses parents ou tuteurs, chaque enfant doit continuellement mettre à jour ce qu'il peut lire, voir ou écouter. Les jeunes qui aiment la lecture ont d'ailleurs tendance à lire « au-dessus » du niveau d'âge assigné par les éditeurs, critiques ou bibliothécaires. Ce n'est pas différent sur Internet. Des logiciels de filtrage et de classification qui traitent en bloc la catégorie « enfants », sans tenir compte de l'âge ou de la maturité individuelle, font preuve d'une approche biaisée et inefficace du développement de l'enfant.

Résumé

Les technologies de filtrage et de classification des sites Internet sont en soi inopérantes. Ce n'est pas une question de technologie encore limitée. Le problème est intrinsèque aux diverses ambiguïtés que soulèvent texte et langage, point de vue du lecteur, et méthodes de filtrage et de blocage. La difficulté d'identifier et de décrire des contenus Internet à des fins de classement et d'interdit est insurmontable : nouveaux sites, nouveaux termes, nouveaux enjeux, cacophonie planétaire des langages, interprétations diverses, perceptions différentes de ce qui est offensant ou approprié à tel ou tel âge et diversité des normes d'une culture à l'autre en font une entreprise vouée à l'échec.

Les logiciels de filtrage et de classification ne pourront jamais contrôler le monde des idées de façon à satisfaire les critiques, rassurer les parents et épargner aux enseignants et bibliothécaires plaintes et griefs, aussi désagréables soient-ils. Le langage humain est trop instable, les mots et leur sens trop indéterminés, élastiques, changeants et imparfaits. Comme l'a dit un critique, « l'accès sécuritaire est impossible, parce qu'il existe autant de notions individuelles de ce qui est sécuritaire qu'il y a de sites sur Internet ». (Crosslin, 1998,52.)

L'American Library Association a pris le 2 juillet 1997 une « Resolution on the use of filtering software in libraries », accompagnée d'un document intitulé « Statement on library use of filtering software », qui explique sa prise de position. On y retrouve le passage suivant :

« L'utilisation dans les bibliothèques de logiciels de blocage et de filtrage crée un contrat implicite avec les parents, l'engagement que leurs enfants ne seront jamais exposés à des contenus Internet qu'ils ne veulent pas les voir lire ou regarder. Les bibliothèques ne seront pas capables de respecter ce contrat, en raison des limites technologiques des logiciels, et s'exposeront de ce fait à de possibles poursuites et réclamations en dommages et intérêts. »

En réponse à ces accusations, les convaincus de l'utilité des logiciels de filtrage sont prompts à répondre que la technologie actuelle est « bonne même si elle n'est pas parfaite », « raisonnablement efficace », « excellente, à quelques exceptions près ». Le directeur d'une bibliothèque publique a même qualifié WebSense d' « efficace à 80 % » (Oder, 1997,41).

Il faut alors se demander si un détecteur de fumée qui fonctionne 75 ou 85 % du temps est mieux que rien du tout, particulièrement quand ses périodes de bon fonctionnement sont inconnues et impossibles à prévoir. En poursuivant la métaphore, on pourrait aussi s'interroger sur l'efficacité de détecteurs qui ne réagiraient pas seulement à la fumée, mais aussi à l'odeur de l'encens, de l'ail, de la sueur, du parfum et autres déclencheurs inattendus et imprévisibles. Ou, pire encore, quelle sécurité peut-on attendre de détecteurs qui promettent de protéger votre maison sans vous dire de quoi exactement ni comment ?

Pourtant les noms mêmes de ces logiciels – gouvernante, patrouille, pasteur, gardien – évoquent immédiatement des images de protection, sécurité, aide et confort sans égal. La publicité de NetNanny se vante par exemple « de garder les enfants quand les parents ne sont pas là ».

Loin de remplir leurs promesses, ces logiciels ne font que créer une illusion de succès. Une illusion payée à fort prix. D'abord par un faux sentiment de sécurité. Ensuite par une fausse conviction que toute l'information appropriée reste encore disponible sur Internet. Et, finalement, par une perte de liberté intellectuelle.

Les stratégies grossières et paternalistes des logiciels de filtrage et de classification de l'information devraient attirer notre attention sur le fait qu'il est aussi facile de faire taire certaines voix que d'offrir à d'autres une tribune. Cela s'apparente à une chirurgie du cerveau à la scie mécanique.

Je voudrais voir tous les bibliothécaires se baser sur leur expérience pour s'impliquer dans le débat sur Internet, aussi bien individuellement qu'à l'intérieur de groupes ou associations. Je voudrais les voir resituer le débat sur une politique d'objectifs sociaux fondamentaux et la manière de les atteindre, les voir dissiper la crainte et la panique morale inspirée par l'effet d'Internet sur les enfants, et encourager au contraire pensée et analyse critiques. Comme l'a déjà dit Herbert Foerstel durant une réunion convoquée pour répondre à des plaintes sur le contenu d'une bibliothèque du Maryland : « Dites-nous ce que vous voulez lire, plutôt que ce que vous ne voulez pas que les autres lisent. » (En italique dans l'original, Foerstel, 1994, 30)

Nous devons instituer des politiques d'utilisation d'Internet qui établissent clairement les responsabilités respectives des élèves, des parents et du personnel scolaire en ce qui concerne le bon usage d'Internet. Dillon (1996) et Ingvarson (1996) ont décrit dans le détail les principes et éléments qui devraient entrer dans une telle politique. On en trouve également de nombreux exemples sur Internet, comme sur le site Web Advocate, un guide en ligne à l'intention des bibliothécaires et enseignants. Doug Johnson (1998) a également résumé les différents enjeux à considérer en instituant une politique d'utilisation d'Internet.

Nous devons développer nos bibliothèques en y intégrant Internet, éduquer les parents sur les questions de sécurité en ligne et leur apprendre comment faire de leurs enfants des internautes efficaces et prudents, pour nous assurer que les politiques de nos bibliothèques sur le développement des collections, la liberté intellectuelle et l'accès à Internet seront bien comprises. Nous devons forger ou renforcer des alliances aussi bien avec les autres bibliothèques que notre communauté et fournir des cours d'initiation et de perfectionnement à notre personnel. Nous devons participer à l'élaboration des politiques et aux prises de position de nos associations professionnelles, encourager la recherche sur les logiciels de filtrage et vérifier leurs prétentions.

Mais, surtout, nous devons développer l'éducation à l'information et aux ressources bibliothécaires dans les écoles, l'introduire dans l'horaire de cours régulier et confier aux bibliothécaires scolaires le soin de mener une campagne pour un meilleur développement de la pensée critique et de l'aptitude à la recherche. Comme on pouvait le lire dans un éditorial du New York Times, qui s'élevait contre une proposition de loi exigeant l'installation de logiciels de filtrage anti-pornographie dans les ordinateurs des bibliothèques scolaires, « le meilleur moyen de protéger les enfants est de leur apprendre comment utiliser Internet. Ce qu'un logiciel ne peut tout simplement pas faire. » (New York Times, 1998)

La Canadian Library Association encourage les bibliothèques à intégrer l'utilisation d'Internet à leur politique d'ensemble d'accès à leurs ressources bibliothécaires et a publié un petit guide très populaire, intitulé « Have a safe trip ! A parent guide to safety on the Internet » (Canadian Library Association, 1997, 1998).

Je ne crois pas que de mauvaises idées ou de mauvaises images produisent de mauvais enfants. Et je ne pense pas qu'il existe la moindre évidence de ce raisonnement simpliste. Nous devrions nous soucier beaucoup plus du manque d'informations que de quoi que ce soit d'autre. Il n'y a aucune raison valable de craindre la contagion et l'acceptation irréfléchie d'idées bonnes ou mauvaises quand les enfants bénéficient de solides valeurs familiales. Ce qui devrait nous inquiéter, ce sont les jeunes qui n'ont accès qu'à une seule vision du monde, qu'on élève sans connaissance, ni même conscience, de la multiplicité des choix.

En guise de conclusion, je voudrais voir les bibliothécaires des établissements scolaires avertir parents et enseignants des graves inconvénients de ces logiciels de filtrage qui promettent protection et surveillance. Inconvénients qui ne sont pas seulement liés à leurs défauts technologiques, mais aussi, et c'est plus grave, à l'attitude morale qu'ils impliquent. Ils n'aident en rien les jeunes à apprendre à assumer les responsabilités de l'âge adulte, à se former un jugement critique, à savoir dire non, à savoir aussi vivre virtuellement les aventures et découvertes de l'adolescence au lieu de les expérimenter dangereusement dans la vie réelle. Comme s'interrogeait récemment un bibliothécaire, les parents tiennent-ils vraiment à confier le système de valeurs de leurs enfants à un vendeur de logiciels ? (Crosslin,1998,52) Un correspondant d'American Libraries ajoute : « La manière dont sera débattue la question des logiciels de filtrage déterminera également la question de savoir qui va contrôler l'accès à l'information. Le gouvernement ou les individus ? » (Taylor, 1999)

Confier une autorité morale à des gardiens d'Internet sans visage et sans nom ne peut pas servir de solution de rechange à la responsabilité familiale, à l'encadrement des enseignants et des bibliothécaires, ni à la pensée critique individuelle. Comme l'ont si bien écrit Meeks et Maccullagh (1996) : « La technologie n'est pas un substitut à la conscience. » Si on reconnaît la vérité des arguments exposés dans cet article, des institutions publiques, comme les écoles et les bibliothèques, commettent un acte irresponsable en utilisant l'argent des contribuables pour acheter des produits qui ne répondent pas à leurs promesses et qui ne favorisent en rien les objectifs pédagogiques : nous payons une première fois pour avoir accès à Internet, et une deuxième fois pour limiter sévèrement cet accès. Et quand des administrateurs installent ces logiciels sans discussion ni débat préalables, ils manquent une grande occasion de promouvoir et d'encourager la pensée critique en action. Ils infantilisent tout le monde.

Il paraît tout indiqué de réserver le mot de la fin à une fillette de 12 ans, la clientèle type visée par ces logiciels de filtrage. Voici la lettre qu'elle a envoyée à un journal local pour s'opposer à ce qu'Internet soit censuré à la Dundas Public Library, en Ontario :

« J'ai 12 ans et je navigue depuis plus de quatre ans sur Internet, en moyenne une demi-heure par jour. Durant tout ce temps, je n'ai jamais rien vu ni entendu de pornographique… Internet me permet d'explorer le monde sans bouger de chez moi. Quand je navigue, c'est à moi que revient la responsabilité de choisir les sites qui conviennent à mon âge. »

Si vous vous inquiétez des chemins que va emprunter votre enfant, explorez-les avec lui (Blonski, 1997).


Source : Alvin Schrader, « Internet Censorship: Issues for Teacher-Librarians », Teacher Librarian: The Journal for School Library professionals, mai/juin1999. Reproduction autorisée.
Cet article est tiré d'un travail de recherche beaucoup plus long, présenté au congrès annuel de l'International Association of School Librarianship, à Tel-Aviv, en Israël.

 

 

 
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