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TEXTE D'OPINION


L'accès des jeunes aux films de torture

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Le classement

Ce dont il s'agit, c'est que Sept n'est pas un film à accès restreint. Il est classé AA, la sorte de classement donnée généralement aux films policiers. C'est ce à quoi je m'attendais, mais ce n'est pas ce que j'ai vu. Pour ceux d'entre vous qui ne seraient pas familiers avec le système de classement, AA signifie Adult Accompaniment (En compagnie d'un adulte), ce qui signifie que n'importe qui peut voir ce film. N'importe qui.

Des jeunes de plus de 14 ans peuvent y aller sans être accompagnés pendant que les jeunes de moins de 14 ans peuvent visionner le film s'ils sont accompagnés d'un adulte (un adulte étant quiconque qui, selon la loi, semble avoir 18 ans ou plus).

Inutile de dire qu'après avoir vu ce film, j'ai cru à une erreur typographique dans l'annonce publicitaire publiée dans le journal. Des enfants, accompagnés ou non, à ce massacre vicieux ? En regardant l'annonce de nouveau, je ne me suis pas trompé : le film était bien classé AA. J'ai appelé le Ontario Film Review Board, persuadé qu'il s'agissait d'une monstrueuse méprise. Non. Sept était classé AA.

Toujours persuadé qu'il devait y avoir des éléments d'information rattachés à ce classement que j'aurais manqué, je tente de découvrir si des avertissements évidents m'auraient échappé.

Il y avait de tels avertissements. Dans l'annonce du journal, on avertit les lecteurs que Sept contient de la violence et un langage cru. L'affiche à l'extérieur de la salle de cinéma ne faisait aucunement mention de violence. Elle lançait un simple avertissement relatif au langage cru et à l'usage d'alcool et de drogues. Les deux annonces m'ont toutefois assuré que le film ne convenait pas aux enfants.

D'accord. Le film ne convient pas aux enfants. Et les personnages utilisent un langage cru. Et ils se tirent dessus et se frappent sur la tête aussi. Quant à l'usage d'alcool et de drogues, Morgan et Brad on bu du vin et de la bière à quelques reprises et ont mentionné aller à un bar. Pour la drogue, on y fait que la mentionner.

Les images

Mais ce que ces bribes d'information ne me disaient pas était ce que je verrais également : un cadavre dont les mains et les pieds étaient attachés avec du barbelé, un corps nu éviscéré sur une table d'autopsie, des images d'un homme forcé de s'automutiler à la pointe du revolver, des images d'êtres humains dans une agonie mortelle alors qu'ils sont démembrés, la scène sinistre d'un homme attaché à son lit pendant un an par des moyens dégoûtants, ayant été torturé par des méthodes dignes de tout inquisiteur du Moyen-Âge et s'agrippant horriblement à la vie lorsque découvert et enfin, la pièce de résistance, deux scènes de jeunes femmes mutilées, attachées et ensanglantées, l'une horriblement violée parce qu'elle avait le malheur d'être une prostituée et l'autre, défigurée parce qu'elle était jolie et qu'elle en était fière.

Cette liste ne contient bien sûr qu'un bref échantillon des images macabres. L'avertissement ne m'a pas dit non plus qu'en plus du langage cru tant craint, je serai également le témoin à des descriptions détaillées de chacune des cruelles agonies de chaque victime, incluant des détails comme être forcé d'avaler des morceaux de plastique coupants, l'insertion de tubes dans les parties génitales, que je serais forcé d'entendre parler d'un homme obligé à la pointe d'un fusil de violer une femme avec une lame d'acier acérée et au sujet d'un homme forcé de mâcher sa propre langue lors de sa lente agonie pour ne mentionner que ces quelques incidents ponctuant cette litanie de souffrances.

Où étaient les avertissements relatifs à la violence brutale, à la torture et à la violence sexuelle ? Devons-nous vraiment être témoins de ces événements dans le film afin de justifier un classement plus sévère ? Pourquoi les conséquences macabres et la description explicite de ces événements ne serait suffisants pour un tel avertissement ?

Et que dire de la thématique adulte de Sept ?

Est-ce que le désespoir, l'impuissance d'un individu à changer quoi que ce soit, la folie meurtrière, la cruauté psychotique imposée dans un contexte pseudo-religieux et le triomphe du Mal sur quiconque et tout ce qui lui fait obstacle ne sont pas des sujets pour adultes ?

Selon moi, il s'agit de la partie la plus insidieuse, le pire message que l'on puisse envoyer à un enfant, toutes époques confondues et plus particulièrement encore à un jeune de 14 ans coincé dans une époque de haute technologie, stressante, bombardé de toutes parts par l'information par une société surpeuplée et peut-être vouée à l'extinction. Vous ne pouvez rien y faire. Il ne sert à rien d'espérer. Le Mal et la cruauté règnent en maîtres.

Imaginez. Ce classement permet à un enfant de 4 ans de voir Sept, à la condition que quelqu'un qui vient tout juste d'avoir 18 ans soit avec cet enfant de 4 ans. Ce sera utile pour ce film parce que le meurtrier écrit des messages avec du sang humain et il sera donc utile à des enfants qui ne vont pas encore à l'école d'avoir quelqu'un à leur côtés qui leur lira ces messages.

Et puis ? Aucun adulte responsable n'amènerait son enfant à quelque chose comme ça, vrai ?


Source : Ce texte est tiré d'une lettre de Doug Atkinson au Ontario Film Review Board. Reproduit avec permission.
Doug Atkinson est le co-auteur d'une chronique sur la vidéo dans le magazine pour parents Sesame Street et du livre Videos for Kids: The Essential, Indispensable Parent's Guide to Children's Movies on Video (Prima Publishing, 1995). Il est également le cofondateur de The Original Kids Video Company, 40 Scollard St., Toronto.

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