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TEXTE D'OPINION


« La beauté idéale » : un message destiné aux hommes

Par Antonia Zerbisias

Ce mois-ci, dans plusieurs magazines féminins, il y a une pub sur les Spécial K de Kellogg.

Rien de nouveau là-dedans.

Cependant, dans cette pub, au lieu de l'affriolant mannequin habituel se vautrant dans la ouate tout en s'injectant du fer et nourrissant un bébé, on y montre plutôt une espèce de mannequin squelettique en bikini.

« Si c'est ça, la beauté, il y a quelque chose de louche dans l'œil du spectateur ! » y lit-on dans la pub avant de se faire lancer un peu plus loin « qu'après tout, peu importe son poids, un corps en santé devrait être magnifique aux yeux de tous » et que les Spécial K vous aideront à perdre sainement du poids.

Maintenant, parlons un peu de l'ensemble des messages de la campagne de Kellogg, en particulier de la puissance des messages qu'on y retrouve. Dans beaucoup de magazines féminins, les femmes se font dire qu'elles ne sont jamais assez jeunes, qu'elles n'ont jamais suffisamment de poitrine et le plus impoortant, qu'elles ne sont jamais assez minces.

Peut-être est-ce dû à la pause, à l'éclairage, ou au maquillage, mais toujours est-il que le mannequin des Spécial K, avec ses seins absurdement imposants (n'est-ce pas toujours ainsi ?), est franchement affreux.

Mais parce que l'image n'est pas particulièrement flatteuse et que le modèle n'est pas « emmailoté » dans des fringues de millionnaires, celui-ci ressemble à un « prisonnier de guerre ».

Les féministes se sont souvent plaintes de la piètre image des mannequins. Cependant, en général, leurs protestations ont tout simplement été ignorées tant par l'industrie de la mode que par les médias.

Les stars féminines de Friends portent toutes des vêtemenst de taille 4. Les seules joues rebondies que vous voyez à la télé, à l'exception de celles de Rosie O'Donnell, appartiennent à des perdantes dans Rikki Lake et Jerry Springer.

Les hommes commencent également à ressentir la même pression que leurs consœurs. Ainsi, il y a une multiplication de magazines de mode et de santé ; de son côté, Calvin Klein produit plus de pubs avec des mannequins masculins à poil ; se faire gonfler les muscles ou subir la liposuccion pour améliorer son apparence deviennent des prérequis pour l'aboutissement d'une carrière dans un marché où la concurrence est des plus vive. Les hommes sont donc confrontés à des standards d'idéaux physiques de plus en plus élevés.

Il n'est donc pas surprenant de constater que dans son édition de janvier/février, Psychology Today rapporte que des personnes, en butte contre leur corps, préféreraient, s'ils avaient le choix, mourir plus jeune, mais à la condition qu'ils aient la possibilité de rencontrer un corps plus mince. Le 1995 Body Surgery indique que « 15 % des femmes et 11 % des hommes disent qu'ils seraient prêts à sacrifier plus de 5 ans de leur vie s'ils avaient la possibilité d'acquérir le poids qu'ils souhaitent ; la proportion grimpe à 24 % de femmes et 7 % d'hommes lorsqu'il s'agit de donner plus de 3 ans de leur existence.

Rester mince était devenu un tel problème pour les femmes que certaines d'entre elles ont refusé d'enfanter de peur de ruiner leur apparence physique. « Devenir enceinte », écrit David M. Garner en page 16 de son article « est devenu, non pas comme une fonction biologique normale, mais comme le reflet d'une image encombrante de son corps. »

Et d'où viennent de telles idées ?

« Ce n'est plus la peine de le nier plus longtemps : les images projetées par les mannequins ont un terrible effet sur la façon dont les femmes se perçoivent », comme l'écrit Garner. « Les femmes qui ont des dysfonctionnements face à la nourriture, ont été très souvent influencées par des mannequins. »

En comparant les résultats d'études réalisées ces dernières années avec des études menées en 1972 et 1985, Psychology Today a clairement démontré que les contradictions entre le culte de la minceur du corps et la surabondance des aliments engraissants dans les menus de la restauration rapide nous rendent malheureux et anxieux.

C'est ainsi qu'en 1972, « seulement » 49 % des femmes répondaient qu'elles détestaient leurs cuisses. Aujourd'hui, le taux est passé à 61 %.

25 ans plus tôt, 36 % des hommes n'étaient pas satisfaits de leurs abdominaux. Aujourd'hui, 63 % pensent que leur bédaine doit partir à tout prix.

Les bonnes nouvelles ? Une sexualité satisfaisante aide à apprécier l'image de son corps sans constamment se demander combien de fois il faut sautiller pour perdre un gramme. Garner l'affirme : « Les bonnes expériences sexuelles apportent un haut degré de satisfaction face à son corps. »

Mais comme le gras est considéré tellement anormal, combien de fois devons-nous aller au lit pour obtenir ces « bonnes expériences sexuelles » ?

Les magazines qui offrent certaines suggestions face au problème de l'image de soi ne le disent hélas pas... !


Source : « " La beauté idéale " : un message destiné aux hommes », par Antonia Zerbisias. Reproduit avec l'aimable permission du Toronto Star.

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